Edito

Les droits des uns ne valent pas ceux des autres

Geoffroy Géraud-Legros / 18 avril 2011

Ahmed Abdallah Sambi, président de l’Union des Comores, a séjourné deux jours dans notre île. Une visite qui, bien que privée, aura permis un contact raffermi entre les Réunionnais de toutes origines et le chef d’une nation de 630.000 habitants, dont la civilisation aussi ancienne que brillante demeure encore trop largement inconnue dans notre île. Un déplacement qui souligne aussi les contradictions de la politique étrangère française : engagée dans des opérations en Côte-d’Ivoire et en Libye, la France ne cesse d’invoquer par la voix de ses diplomates le mandat des Nations Unies, en l’espèce les résolutions 1973 et 1975. À ceux qui lui reprochent d’excéder les limites de ces textes, elle répond droits de l’homme et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Elle ne pipe mot de la continuité de l’infraction continue au droit international que constitue sa présence à Mayotte, pourtant condamnée par les Nations Unies, qui ont rappelé l’unité et l’intégrité territoriale des Comores au cours des résolutions 3161, 3291, 3385, 31/4, 32/7, 34/69, 35/43, 36/105, 37/65, 38/13, 39/48, 43/14, 44/9, 45/11, 46/9, 47/9, 48/56.

Les décisions du Parlement du monde valent-elles plus lorsqu’elles sont prononcées à l’encontre d’États du Sud et au profit des grands pouvoirs du Nord ? Un tel « deux poids deux mesures » n’existe pas dans les schémas à l’architecture parfaite qui peuplent les esprits juristes. Il est, en revanche, le quotidien des relations internationales, que les Nations Unies, engagées sur la pente savonneuse de la diplomatie d’ingérence, ont d’ailleurs de plus en plus tendance à valider sans discuter. Reste que le droit international, qui proclame l’égalité des « petits » et des « grands » face à la norme suprême, demeure bien souvent la seule défense des petites nations, dans un ordre mondial qui, s’il ne cesse de s’encombrer de traités, demeure pourtant à l’état de nature, régi par la seule force des armes et de l’argent.

En chef d’État, Mohammed Abdallah Sambi n’a donc fait que rappeler les prescriptions du droit international, qui énonce le principe dit d’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Un point de vue qui ne peut être balayé d’un revers de main, quels que soient par ailleurs l’avis et la perception que l’on ait du problème. Il l’a fait dans un esprit de conciliation envers les dirigeants français, auxquels il propose toujours un règlement de la question. Il l’a fait dans un esprit de respect envers un peuple français qu’il nomme « peuple ami », rappelant que les Comoriens « savaient faire la différence entre un peuple et ses dirigeants ».
Des propos louables, de la part d’un dirigeant dont le pays a été si souvent brutalisé par la politique France-Africaine et dont les prédécesseurs, Ahmed Abdallah et Ali Soilih, furent exécutés avec l’aval de la diplomatie française. C’est, du reste, dans une atmosphère de courtoisie que s’est déroulée la visite de M. Sambi, reçu à Saint-Denis par Gilbert Annette et Nassimah Dindar, avant une visite au Port où il a rencontré le maire Jean-Yves Langenier.

Une courtoisie qui n’a pas, c’est le moins que l’on puisse dire, été relayée par les médias réunionnais. À la radio comme sur les principaux forums internet, les vannes étaient grandes ouvertes à un déluge de propos racistes, sans que personne n’intervienne pour recadrer ni interrompre la haine qui s’y est déversée deux jours durant. Oh ! Sans nul doute, les faiseurs d’opinion se draperont-ils dans le voile de la liberté d’expression, et se glorifieront même de leur refus de « censurer ». Pourtant, ils en censurent bien d’autres, à commencer par les critiques envers les dirigeants UMP qui « allongent » régulièrement des milliers d’euros sous forme de publicité dans différents médias. Il en va ainsi de notre presse comme de l’arène internationale : la liberté et la dignité des uns valent plus que celle des autres.

G.G.-L.


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