Edito

Les jeunes reconnaissent un des leurs

Geoffroy Géraud-Legros / 29 octobre 2010

On a coutume de distinguer l’être et le paraître, l’allure et la consistance, la forme et le fond. Et s’il est une apparence en vogue aujourd’hui, c’est bien celle de la jeunesse. Seulement, c’est une chose que de parler de la jeunesse et d’en revendiquer les qualités. C’en est une autre d’avoir la vision, l’élan et le bouillonnement d’idées qui font la jeunesse.
Pour le « jeune » Nicolas Sarkozy — le Président le plus jeune de l’histoire de France — comme pour le « jeune » Didier Robert, la jeunesse n’est qu’un mot. Un mot paravent, qui dissimule de plus en plus mal que ceux qui le manient appartiennent au monde d’avant. D’avant la conquête des droits sociaux, des congés payés, de 1936. D’avant la Sécurité sociale de 1945. D’avant la décolonisation du 19 mars 1946. D’avant le grand mouvement ouvrier et l’émancipation des idées de 1968. D’ailleurs, le candidat Sarkozy n’avait-il pas fait ouvertement campagne contre « l’esprit de Mai » ? À La Réunion, le « jeune » Didier Robert s’est employé en sept mois à empêcher toute innovation. Pas de tram-train, pas de modernité technique pour les jeunes d’aujourd’hui et de demain, condamnés aux embouteillages en car et en voiture. Pas d’énergie nouvelle, fini la géothermie et le photovoltaïque. Condamnation au fossile, à l’essence hors de prix et à l’air sale hérité d’un siècle d’industrialisation irresponsable. Pas d’avenir : Sarkozy à l’Élysée, Didier Robert au Parlement ont condamné les jeunes précaires et chômeurs à devenir de vieux pauvres. Et quand vient le temps de la rébellion, c’est tout naturellement que l’on retrouve ces jeunes vieux de la politique du même côté de la barricade… celui de ceux qui insultent, gazent, qui matraquent, qui gazent et qui écrasent.
Les lycéens, hier, ne s’y sont pas trompés. À la tête d’un imposant défilé, ils ont entouré, salué, applaudi un homme de 85 ans. Ils se sont pressés pour être à ses côtés, le temps de prendre une photo avec leur téléphone portable ou leur appareil numérique. Ils l’ont acclamé comme l’un des leurs. Cet homme, c’était Paul Vergès.

G.G.-L.


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