Edito

Les larmes tardives des élus

J.B. / 23 juillet 2015

Voici l’introduction du discours tenu par le Premier ministre de la France, à destination des professionnels qui manifestent et à l’usage des citoyens ordinaires. Lisez-la bien, parce que vous en aurez besoin pour interroger les candidats autoproclamés aux Régionales.

Premier Ministre : « Le secteur de l’élevage traverse une période particulièrement difficile qui met les agriculteurs à rude épreuve et qui ne laisse pas indifférents nos compatriotes. L’élevage, le président de la République le rappelait il y a un instant, c’est la principale filière française, c’est l’industrie agroalimentaire. L’élevage c’est aussi les paysages français.
Les manifestations de ces derniers jours traduisent une colère, une angoisse, une détresse que nous percevons depuis longtemps devant les conditions d’exploitation toujours plus incertaines. De nombreux éleveurs ont le sentiment que leurs efforts quotidiens ne sont pas payés de retour. Cette angoisse des éleveurs, il faut l’entendre – nous l’entendons – et y répondre – c’est ce que nous faisons – par des mesures d’urgence mais aussi de long terme, structurelles. »

Maintenant, rappelez-vous le combat du PCR pour sauver la filière canne. Plusieurs fois, ses dirigeants ont soulevé la question de la fin des quotas sucriers. Au point que le Président de la République en a fait un engagement personnel. Le hic dans toute cette histoire, c’est que la production française est concurrencée mais les dirigeants politiques de l’Union européenne sont les adeptes de l’ouverture des marchés à la concurrence, libre et non faussée… le peuple a refusé ce projet de société par référendum en 2005 (54 % de NON), mais les dirigeants de la droite, du centre et le PS ont trahi la démocratie en faisant voter le même texte par les élus, Parlementaires, réunis en Congrès à Versailles. Les agriculteurs payent les conséquences directes de la trahison de leurs élus.

La fierté du PCR, c’est d’avoir voté et fait voter NON à ce référendum. Cela fait dix ans déjà. Le peuple réunionnais avait suivi la consigne, et notamment l’intervention télévisée de Paul Vergès, en votant NON à 60 % pour condamner cette politique suicidaire. Pourtant, nous étions à contre courant de l’opinion générale. Nous devions surtout affronter les vendeurs des illusions qui pullulaient dans les médias. Dix ans après, les dirigeants du PCR doivent être fiers de n’avoir jamais trahi l’avenir du pays sur l’autel des sondages instantanés qui donnaient le OUI vainqueur, à tous coups. C’est la grande leçon pour hier, aujourd’hui et demain.

Car, si des dirigeants politiques veulent être un peu sérieux, en quoi le petit quota sucrier réunionnais est-il un obstacle aux grandes manœuvres de quelques grands groupes mondiaux qui se partagent le monde du sucre ? Les dirigeants politiques parisiens nous imposent une idéologie, l’ultra-libéralisme, sans la moindre concession ni compromis pour les plus faibles. Aux prochaines Régionales, vous entendrez ce petit monde et leurs affidés locaux verser des larmes de crocodile sur le sort des agriculteurs et des chômeurs dont ils ont brisé l’avenir.


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