Edito

Les pétroliers pris la main dans le sac

J.B. / 30 mars 2013

Nous avons toujours dit que les pétroliers s’entendent pour siphonner les Réunionnais. La main sur le cœur, ils répondent qu’ils ne font pas de bénéfices et rechignent à lâcher quelques maigres centimes en faveur des consommateurs. En pleine crise, l’Autorité de la Concurrence a ordonné une enquête administrative pour comprendre le mécanisme d’élaboration des prix à La Réunion. Dans sa conclusion, elle déclare en substance que les pétroliers proposent (les prix) et le préfet exécute. En un mot, les pétroliers ont construit un monopole tellement puissant que même le représentant de l’État est paralysé.

Pour des démocrates, il est impossible que l’État laisse faire, justifiant souvent les prix fixés. Les pétroliers sont heureux d’avoir des préfets aussi conciliants. Pourtant, un délit a été porté à la connaissance de l’Autorité de la Concurrence qui montre que les pétroliers mentent effrontément.

En 2002, la compagnie aérienne Air France lance un appel à la concurrence pour son approvisionnement en carburant à La Réunion. En 2003, elle porte plainte auprès de l’Autorité de la Concurrence contre les pétroliers pour « entente illicite ». Une enquête est diligentée jusqu’à Londres où des perquisitions ont eu lieu aux sièges des compagnies pétrolières.

En décembre 2004, en plein débat sur la hausse des prix, les quatre compagnies pétrolières qui fournissent La Réunion sont condamnées à une amende de 41 millions d’euros pour s’être entendues afin de gonfler de 30% les prix des carburants vendus à Air France. En 2009, dans un avis rendu le 24 juin sur le secteur des carburants dans l’Outre-mer, l’Autorité de la Concurrence dénonce les rentes de situation dont bénéficient les compagnies pétrolières dans l’Outre-mer, et la dérive d’un système qui ne protège plus le consommateur, mais permet à des sociétés privées de vendre à un prix maximum.

Le feuilleton vient de prendre un ton quasi définitif avec la décision de la Cour d’Appel de Paris qui confirme la condamnation des 4 pétroliers solidairement. Voilà de quoi alimenter la conviction de tous les honnêtes gens sur l’absence de probité des pétroliers. Le préfet doit absolument casser ces monopoles qui font du tort à tout le monde. En effet, ce sont les mêmes compagnies qui fournissent les données au préfet pour que ce fonctionnaire fixe ensuite les prix du gaz et des carburants. L’État doit protéger les citoyens, pas les rentes des monopoles.

 J. B. 


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