Edito

Les peuples « karchérisent » leurs dirigeants

J.B. / 14 novembre 2011

Quand il était encore ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu’il allait nettoyer les banlieues à coup de « Karcher ». Ce fut un coup de pub gratuite qui a profité à la société allemande qui produit ces fameuses machines de nettoyage couleur jaune. Au-delà, la formule est entrée dans le langage populaire, surtout pour qualifier un nettoyage radical ou une propreté parfaite.

C’est l’impression qu’on retire quand on voit comment le Premier ministre grec quitte les planchers du pouvoir ou lorsque Berlusconi est mis hors jeu en Italie. Le Premier ministre espagnol, lui, est déjà, dans la forme, parti depuis un moment.

Le Premier ministre Georges Papandréou était arrivé au pouvoir à la tête d’une majorité socialiste de 152 sièges sur 300. Il a trouvé un pays en piteux état laissé par les conservateurs, très endetté. En voulant bien faire, il s’est heurté à la puissance des financiers qui lui ont dicté la sortie : faire payer le peuple. Il a suivi. Mais, quand il a vu que cela allait trop loin, il est revenu vers le peuple pour le consulter par référendum. Trop tard, Sarkozy et Merkel, les représentants de la haute finance l’ont fait plier. N’étant plus crédible. Il est obligé de démissionner.

Berlusconi a démissionné samedi sous les huées et insultes des Italiens. Difficile d’imaginer que cet homme aguerri aux coups durs a été surpris presqu’au « saut du lit » pour rester dans une image qu’il affectionne. L’économie italienne n’est pas celle de la Grèce, mais il a été dépassé par une coalition politico-financière qui a préféré faire plonger l’Italie pour détourner la pression qui pesait sur la France. Tant qu’il y a la Grèce et l’Italie, les médias et les marchés ont de quoi se régaler.

Cette série européenne de « karchérisation » du pouvoir va-t-il s’arrêter ou alors atteindre les côtes françaises ? Normalement la vague est prévue pour juin 2012, mais dans le contexte actuel, si la note française est dégradée rien ne dit qu’une explosion sociale ne balayera pas le pouvoir. Rarement le peuple n’a autant souffert d’un gouvernement qui lui réclame 100 milliards pour boucher les trous qu’il a creusés en seulement 2 ans de mandat. Le peuple n’est pas responsable de ces dérives. Sarkozy a beau gesticuler pour montrer qu’il agit, il ne trompe plus. La croissance ne sera pas au rendez-vous. Il va continuer à pressurer davantage la population. En ce moment, il tente d’obtenir un sursis en donnant des gages aux agences de notation. Pour combien de temps ?

Plus largement, l’année 2011 qui se termine aura été fatale à de nombreux gouvernements. Les plus spectaculaires changements auront été la Tunisie, l’Égypte, la Libye… sans compter ceux qui sont sur un siège éjectable.

Est-ce que la leçon servira les nouveaux arrivants ? Pas si sûr.

J.B.


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