Edito

Les porte-flingues de Nicolas Sarkozy

Geoffroy Géraud-Legros / 11 mai 2011

L’élection présidentielle approche, et elle risque de fort mal tourner pour l’actuel locataire de l’Elysée. À un an du scrutin, celui-ci se rappelle soudain qu’avant de devenir le Président de l’amicale des yatcheurs, des possesseurs de Boeing privés et de la France du bouclier fiscal, il avait été le candidat du pouvoir d’achat, de l’industrie, et des métallos. Cette fameuse France qui, sans être d’en bas – la formule terme avait déjà été piquée chez Balzac par Raffarin - se lève tôt, et rêvait disait-on que de travailler plus pour gagner plus, sous la houlette d’un Président dont la dentition, même si elle rayait les parquets, devait lui servir à attraper par la queue cette fichue croissance.
Retour, donc, à la case usine, rencontrer les ouvriers qui ont survécu aux délocalisations organisées par les copains, et bientôt, sans doute, dans les banlieues dont les habitants continuent de se lever tôt, même si c’est pour pointer à Pôle-Emploi. Seulement, voilà : quand on porte Rolex, qu’on a une douche en métaux précieux et qu’on prend sa barquette chez Maxim’s et au Fouquet’s, on a un peu plus de mal à jouer les héros de la classe ouvrière et les amis des pauvres.

En prime, le peuple de droite amateur de karchers et de charters serait sensible à la sirène du Front national, qui lui chante qu’après avoir soupé de la photocopie, il serait temps désormais d’essayer l’original. Comment, dès lors, mettre la main sur le vote populaire tout en ramenant à soi les brebis égarées sur les terres lepénistes ? Il n’y a qu’à aller y chasser soi-même, s’est dit le Président des riches, qui a concocté à cette fin un glauquissime débat sur la laïcité - entendre : contre les musulmans.

Claude Guéant, fraichement débarqué à l’Intérieur, s’y est attelé de pied ferme, rajoutant quelques couches bleu-marine pour ceux qui n’auraient pas encore compris le fond de l’affaire. Le hic, c’est que cela n‘a pas pris du tout : le débat a fait flop, les dignitaires UMP ont été une poignée à aller s’y griller, et le porte-flingue s’est fait copieusement flinguer dans l’opinion et dans les rangs de son propre parti. Il faut dire qu’en comparant la prière d’une mosquée trop exiguë débordant dans la Rue Polonceau (Paris 18e) à l’occupation nazie, fifille Le Pen avait placé un peu haut la barre de l’islamophobie.

Retour à un jeu plus classique : celui de la dénonciation des « privilèges » et du parasitisme au sein des classes populaires. Le chargé de mission, Laurent Wauquiez - ministre aux Affaires européennes de son état - s’en est pris aux bénéficiaires du RSA qui, déclare-t-il, mangent le pain de cette France qui se lève tôt et qui risque bien de ne pas voter Sarkozy. Il n’est que temps, nous dit en substance porte-flingue numéro deux, de coller tous ces feignants au boulot, gratuitement, puisque justement, ils ne sont pas fichus de trouver du travail. Sans oublier de leur couper les allocations, de manière à ce qu’ils ne puissent totaliser un revenu supérieur à 75% du SMIC. But affirmé : « marquer la différence » entre les pauvres vertueux qui travaillent, et les sales pauvres. Problème : le RSA, c’est tout de même un produit de l’ère Sarkozy, réalisé par le ministre « d’ouverture » Martin Hirsch. Lequel a recadré son successeur qui, s’indigne-t-il, n’y connait rien et ferait mieux de se taire. Un avis que partagent nombre de ses collègues UMP, qui voudraient bien éviter de couler avec le navire. Un ratage qui a valu à Laurent Wauquiez de se faire remonter les bretelles par François Fillon… qui regarde tomber les porte-flingues en attendant son heure.

G.G.-L.


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