Edito

Les Réunionnais ont choisi la France libre en 1942

J.B. / 30 novembre 2016

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Ce lundi 28 novembre avait lieu la commémoration officielle de la Libération de La Réunion. Le 28 novembre 1942, l’arrivée du Léopard, navire de la France libre, lançait le signal de la bataille décisive contre un pouvoir colonial au service du gouvernement d’extrême droite qui dirigeait alors la France. En effet en 1940, le gouverneur et les représentants de la classe dominante avaient fait le choix de la collaboration avec l’extrême droite plutôt que celui de la résistance. Cette décision rappelait qu’il existait à La Réunion un mouvement réactionnaire qui s’accommodait fort bien des idées racistes de l’extrême droite. Il comptait dans ses rangs des gros propriétaires et des usiniers qui faisaient régner la terreur et étaient responsables de crimes lors des campagnes électorales.

Mais le 28 novembre 1942, tout a basculé. Une insurrection s’est déclenchée au Port. Le gouverneur s’est ensuite réfugié dans le cirque de Salazie. Il a capitulé à la suite de la menace du bombardement d’usines sucrières. À l’heure de cette victoire, le sort de la Seconde guerre mondiale était loin d’être joué. Le Japon régnait en maître dans le Pacifique jusqu’à l’Australie, occupant la Chine, la Corée et l’Indonésie notamment. En Europe, les armées d’Hitler encerclaient Leningrad et livraient la bataille de Stalingrad contre les Soviétiques. Elles étaient proches de Moscou et le drapeau nazi flottait sur le plus haut sommet du Caucase. Ce 28 novembre 1942, la totalité du territoire de la France était occupé depuis le 11 novembre par les armées allemandes et italiennes. Hitler pouvait compter sur le zèle de l’extrême droite française alors au pouvoir pour appliquer les pires décisions. Dans ce contexte, les Réunionnais avaient choisi de rejoindre le camp de la liberté.

Des Réunionnais ont alors fait le choix courageux de tout abandonner pour aller se battre pour la liberté en Europe. Parmi eux se trouvait notamment Paul Vergès, alors seulement âgé de 17 ans. Ils ont fait des milliers de kilomètres en bateau sur des mers où la menace d’être torpillé par un sous-marin était constante. Ils ont ensuite rejoint Londres ou Alger pour participer à la contre-offensive des démocraties contre le fascisme et le nazisme.

C’est donc un événement qui compte pour l’histoire de La Réunion. Mais cette date n’a eu droit qu’à un traitement secondaire des médias. Ces derniers ont en effet accordé une large place à Marine Le Pen, présidente du premier parti d’extrême droite de France, en visite dans un pays qui est le contre-exemple de son idéologie. Or, notre histoire est essentielle pour comprendre le présent et préparer l’avenir. Elle permet de rappeler que lors d’une période de crise économique suivant un crach boursier, des groupuscules d’extrême droite se sont structurés en partis et ont réussi à prendre le pouvoir dans des pays européens. Les conséquences ne doivent pas être oubliées, ainsi que la contribution des Réunionnais dans le combat pour restaurer la liberté en Europe.

J.B.


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