Edito

Les Réunionnais paieront une nouvelle aide de la Région Réunion aux compagnies aériennes

J.B. / 23 février 2016

L’année dernière, lors de ses vœux à la presse, Didier Robert annonçait la création d’un dispositif de distribution de bons de réduction à faire valoir sur des achats de billets d’avion pour aller en France depuis La Réunion. À la différence de la « continuité territoriale » co-financée par l’État, celui-ci était entièrement pris en charge par la Région Réunion. En cette année électorale, la Région Réunion avait mis plus de 30 millions d’euros sur la table pour financer cette mesure clientéliste. C’est l’équivalent de ce qui peut permettre la construction d’un lycée.

Hier, la Région Réunion a lancé son année 2016 en utilisant la même ficelle. C’est non seulement la confirmation du dispositif existant mais en plus son extension aux Réunionnais vivant en France. Il apparaît que les sommes reçues par les compagnies aériennes par le biais de la Région Réunion vont donc augmenter. Plus de 150.000 Réunionnais sont partis en France avec le BUMIDOM. S’y ajoutent sont qui ont quitté notre île avec la mobilité. C’est donc la certitude d’une hausse de la somme payée par tous les Réunionnais pour ceux qui veulent voyager.

Rappelons qu’à l’origine, la dotation de continuité territoriale était alimentée par une taxe prélevée sur les billets d’avion pour les vols entre l’outre-mer et la France. La somme était ensuite redistribuée par l’État aux collectivités qui devaient alors établir des critères compatibles avec les règles européennes. L’arrivée de Didier Robert à la présidence de la Région Réunion a ouvert la porte à une inquiétante dérive financière. La collectivité a choisi de prendre dans ses fonds propres pour abonder cette subvention aux compagnies aériennes. Puis à l’approche des régionales de 2015, Didier Robert a fait monter les enchères avec la création d’un nouveau dispositif financé à 100 % par la Région Réunion. De plus de 30 millions l’an passé, l’extension à des Réunionnais vivant en France fera monter encore la facture payée par tous les contribuables.

La Cour des comptes a déjà souligné l’effet inflationniste de cette subvention sur le prix des billets d’avion. Avec la certitude de cette manne, les compagnies aériennes ne sont pas poussées à baisser les prix. Toutes celles, sauf une, qui desservent la France à partir de La Réunion ont d’ailleurs décidé d’augmenter leurs tarifs en ce début d’année. C’est notamment le cas d’Air Austral, d’Air France et de Corsair.

À cela s’ajoute le caractère intégrationniste de cette mesure. Tous les Réunionnais ne sont pas traités sur un pied d’égalité. Ceux qui veulent voyager à Madagascar ou aux Comores n’ont pas droit au bon de réduction payé par la Région Réunion. L’inégalité va se renforcer avec l’extension dans le sens France-La Réunion. Des Réunionnais ont en effet trouvé du travail en Australie, d’autres au Québec notamment. D’autres ont de la famille à Madagascar ou aux Comores. Mais ils ne pourront prétendre à cette aide.

Voilà qui remet sur le devant de la scène une proposition qui permettait de faire baisser les prix de 30 % toute l’année, pour tout le monde : l’Airbus A380 présenté par l’ancienne direction d’Air Austral et l’avionneur européen. Mais un tel projet coupait l’herbe sous le pied à toute opération clientéliste utilisant l’aide au voyage comme moyen de propagande électorale. Il n’est donc pas étonnant que ce projet ait été mis sous le coude quand Didier Robert s’est octroyé la présidence d’Air Austral.



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  • Bonjour, lisant, écoutant et regardant les différents médias, il me semble qu’il y aura deux critères pour être éligible à cette aide :

    1 / Dépendre d’un foyer fiscale basé à La Réunion.
    2/ Être né à La Réunion.

    Il me semble déjà incroyable que le Conseil Régional tente de donner une définition de ce qu’est un Réunionnais, mais il suggère que, par exemple : les enfants de métropolitains, venus faire un séjour de 2 à 3 ans dans nôtre île, nés à La Réunion, seraient Réunionnais, alors que des enfants de personnes habitants à La Réunion depuis des générations et qui, par accident de la vie ou circonstances extraordinaires, seraient nées en métropole, ne le seraient pas.
    Dans le même esprit, quid de tous ces "Réunionnais" nés à Madagascar, aux Comores, à Mayotte, à Maurice, et arrivés sur le sol réunionnais dans les premières années de leur vie. Ne sont-ils pas Réunionnnais ? Nazir, 41 ans, français, né à Madagascar, arrivé à La Réunion à l’âge de 3 ans, obligé de de partir en métropole pour gagner difficilement sa vie, n’aurait-il pas droit à cette aide pour venir voir ses parents âgés et malades ?

    Cette distinction entre les Réunionnais me semble dangereuse.

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