Edito

Liberté de la presse : quelle solidarité à La Réunion ?

J.B. / 11 avril 2016

Les radios France Culture et France Inter, ainsi que les quotidiens Libération et Le Figaro ont décidé de refuser de donner une suite favorable à une invitation à couvrir le déplacement du Premier ministre en Algérie. France2 a choisi de n’envoyer aucun rédacteur. Par cette décision, ces médias disent vouloir montrer leur solidarité avec les rédactions du Monde et du Petit Journal de Canal+ qui n’ont pu obtenir de visa pour se rendre en Algérie. Mardi, Le Monde a décidé de publier en « une » la photo du président de la République d’Algérie au sujet d’un article sur le scandale des Panama Papers. Pourtant, et c’est même Le Monde qui l’écrit, le nom d’Abdelaziz Bouteflika n’apparaît pas dans les noms cités dans les 11,5 millions de fiches qui ont fuité d’un cabinet d’avocats panaméens spécialisés dans l’évasion fiscale. Le lendemain, l’ambassadeur de France à Alger avait été convoqué au ministère algérien des Affaires étrangères où il lui a été fait remarquer que des médias français menaient une campagne hostile à l’Algérie. Le Petit Journal publie des reportages qui ironisent sur l’état de santé du président de l’Algérie. En conséquence, le gouvernement algérien a fait savoir à son homologue français qu’il allait refusé de délivrer des visas à ces deux médias, en clair de ne pas les inviter.

Outre la décision de l’invitation boycott prise par France Inter, France Culture, Libération et Le Figaro, d’autres médias et organisation de presse ont fait part publiquement de leur indignation contre ce qu’ils considèrent comme une attaque contre la liberté de la presse. L’Association de la presse ministérielle est « indignée » et dénonce un « jugement contraire aux principes d’une presse libre et indépendante ».

Pourtant, pas besoin d’aller à 10.000 kilomètres d’ici pour constater des attaques contre la liberté de la presse. À maintes reprises, « Témoignages » n’a été pas invité aux conférences de presse de la Région Réunion. Cela dure depuis 2010, date de l’arrivée de Didier Robert à la présidence de cette institution. Notre journal subit donc depuis bientôt 6 ans ce qu’a vécu Le Monde et le Petit Journal ce week-end. Force est de constater que ce traitement ne suscite pas de réaction indignées et de boycott de la Région Réunion par les autres médias de La Réunion. Quand Témoignages a dénoncé publiquement le scandale, la journaliste présentant la revue de presse du lendemain a même dit en substance que Témoignages n’aurait pas été invité à la conférence de presse annonçant l’arrêt du tram-train. L’usage du conditionnel pouvait laisser croire que nous mentions.

Gageons qu’avec la vague d’indignations suscitée par l’affaire du Monde et du Petit Journal, les médias réunionnais puissent montrer leur solidarité avec Témoignages victime d’attaques contre la liberté de la presse. À moins que la liberté de la presse n’ait pas la même signification que l’on soit en France ou à La Réunion.

J.B.


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