Edito

Mayotte : des policiers et des expulsions plutôt que des logements

J.B. / 3 juin 2016

La crise continue à Mayotte. L’État a organisé une contre-offensive médiatique hier. À Paris, le gouvernement a annoncé un plan d’actions. Les mesures phares sont l’arrivée de renforts de police. Des moyens supplémentaires seront alloués à la prévention de la délinquance, et à la lutte contre les immigrants qui cherchent à entrer clandestinement dans l’île par bateau. Dans les écoles, le système des élèves pairs sera mis en œuvre, a annoncé la ministre des Outre-mer. Ce sont des jeunes qui sont chargés de jouer les médiateurs et de signaler les problèmes à l’administration.

A Mayotte, les expulsions continuent. Cette fois, c’est l’État qui s’y met. Une centaine de policiers, préfet en tête, ont délogé des familles accusées d’occuper illégalement des terrains, et leurs maisons démolies. Cette mesure est censée rassurer la population, car elle vise des habitants de bidonville suspectés de s’adonner à des activités de délinquance.

Ces méthodes ne vont pas contribuer à faire baisser la tension. Où vont aller les familles qui ont vu leur logement détruit par l’État ? Les responsables des exactions ne se sentent-ils pas confortés en voyant ces images terribles ?

Quant au renforcement des moyens de lutte contre l’immigration, il ne règle pas le problème de fond. Des personnes qui étaient des compatriotes il y a une génération sont en effet considérées comme des « étrangers ». À cause d’une décision de l’administration, elles sont obligées de risquer leur vie en tentant de traverser clandestinement l’océan Indien pour se rendre à Mayotte.

Les annonces du gouvernement ne concernent pas les victimes de son incapacité à assurer le respect de l’ordre républicain dans un département français. Plus d’un millier de personnes ont été expulsées de leur logement, leurs maisons et leurs biens ont été brûlés sans que l’État n’intervienne. Elles campent sur la place de la République de Mamoudzou, véritable camp de réfugiés sur le territoire de la République. Mais le gouvernement n’a rien annoncé pour leur relogement et leur indemnisation.

Quant au dispositif des élèves pairs, il rappelle le désengagement de l’État dans les services publics, une conséquence de la politique d’austérité menée depuis plusieurs années par le gouvernement qui se succèdent, de droite comme de gauche. Les écoles de Mayotte ont besoin de personnels supplémentaires, qu’attend l’État pour les recruter ?

Des policiers plutôt que des logements pour les familles qui ont tout perdu. Les victimes se souviendront longtemps de l’attitude de la France.

J.B.


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