Edito

Méditerranée et Mayotte : cimetières marins des réfugiés

J.B. / 30 mai 2016

Selon des informations de l’ONU et des témoignages concordant, environ 700 personnes sont portées disparues à la suite de trois naufrages la semaine dernière dans la Méditerranée au large des côtes libyennes. Ces réfugiés tentaient d’atteindre l’Italie, terre européenne la plus proche. Ils étaient montés à bord de bateaux de pêche surchargés, et de canots pneumatiques.

Depuis le début de l’année, l’Organisation internationale des migrants a comptabilisé 194.611 personnes ayant traversé la Méditerranée clandestinement. Sur ce nombre, plus de 156.000 ont débarqué en Grèce, et plus de 37.000 en Italie. L’agence de Rome de l’OIM indique que plus de 10.000 réfugiés ont été secourus entre l’Afrique et l’Italie depuis le 23 mai. Mercredi, des gardes côtes se sont portés au-devant d’un bateau de pêche transportant 600 personnes, 540 ont pu être sauvées. Sans ce type d’opération, le bilan de la semaine écoulée aurait été autrement plus lourd.

Près de 1.500 personnes sont mortes en tentant ce dangereux voyage depuis le début de l’année, dont plus de 1.000 entre les côtes d’Afrique et d’Italie. Appelée « route centrale », cet axe de migration le plus meurtrier risque de devenir encore plus fréquenté, à la suite de l’accord entre la Turquie et l’Union européenne au sujet du retour forcé des réfugiés à leur point de départ. Avec l’arrivée de l’été dans l’hémisphère Nord et ses journées plus longues, ils seront toujours plus nombreux à risquer leur vie pour venir en Europe.

Cette tragédie se déroule aussi aux portes de La Réunion, entre Anjouan et Mayotte. Depuis que le gouvernement français exige un visa pour tout ressortissant voulant entrer à Mayotte depuis une des trois autres îles de l’archipel comorien, des milliers de personnes ont disparu. Aujourd’hui, les survivants de cette traversée sont traqués, leurs maisons sont incendiées. Un millier sont regroupés sur une place publique à Mamoudzou, dans des conditions qui sont celles d’un camp de réfugiés.

La responsabilité des gouvernements européens est pleinement engagée dans cette tragédie. Leurs prédécesseurs ont créé les conditions de la tragédie en organisant le pillage des richesses des anciennes colonies, et leur déstabilisation politique pour garder le contrôle sur ces territoires malgré leur accession à l’indépendance. La tragédie des réfugiés n’en est qu’à son début, car aux troubles politiques et sociaux s’ajoutent désormais les conséquences du changement climatique. L’heure de la solidarité est arrivée, pour une nouvelle civilisation.

J.B.


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