Edito

Menace sur la filière canne-sucre : non à la conspiration du silence à la foire de Bras-Panon

J.B. / 3 mai 2016

Du 6 au 16 mai prochains, la foire agricole de Bras-Panon fêtera cette année ses 40 ans d’existence. Durant ces quatre dernières décennies, elle est devenue l’événement incontournable de tout un secteur économique. Les acteurs des productions végétales, de l’élevage, du machinisme agricole ainsi que les banques s’y donnent rendez-vous pendant 10 jours.

Tout au long de son existence, la foire agricole de Bras-Panon a vu chaque année la filière canne-sucre décliner. Voici 40 ans, la situation était en effet totalement différente. Cette culture faisait vivre 100.000 personnes et l’objectif des syndicats de la Charte était d’atteindre une production de 400.000 tonnes de sucre. Les rapports entre planteurs et industriels n’étaient pas ceux qui ont cours actuellement.

Au moment de la création de la foire agricole de Bras-Panon, les planteurs étaient les propriétaires de la canne à sucre qu’ils faisaient pousser et récoltaient. Ils étaient rémunérés selon une règle très simple. Ils devaient toucher les deux tiers des recettes issus de tous les produits de la canne, à l’époque le sucre et les alcools. Le tiers restant était versé au propriétaire de l’usine, au titre de l’utilisation des machines et du paiement des ouvriers de l’établissement industriel. Jean-Paul Virapoullé était alors à la direction de la Fédécanne, et il s’est mis d’accord avec les usiniers pour changer les rapports à l’intérieur de la filière en dépouillant les planteurs. Ce sont les accords de 1969. Depuis cette date, les planteurs sont réduits au rang de livreur de matière première. Ils vendent leur canne à l’usinier selon un prix défini en fonction de la teneur en sucre de leur chargement. L’industriel bénéficie alors de la totalité des bénéfices tirés de la valorisation de tous les produits de la canne. Les aménagements faits à cette restructuration, comme le versement d’une recette bagasse payée par les abonnés à EDF, n’ont pas corrigé ce déséquilibre. Le résultat est connu. Le nombre de livreur de cannes est passé de 25.000 à moins de 3.000. L’hémorragie continue de se poursuivre, avec la perte moyenne de 100 livreurs par an au cours de la dernière décennie. Du côté de l’industrie, il n’existe plus que deux usines sucrières, et elles appartiennent à une coopérative de planteurs de betteraves.

L’année prochaine, ce sera la fin du quota sucrier et du prix garanti. C’est la décision de l’Union européenne soutenue par la France. En 2014 lors de son déplacement à La Réunion, François Hollande avait été très clair à ce sujet : pas question de revenir sur cette mesure qui livrera le sucre réunionnais à la concurrence mondiale.

C’est donc l’incertitude la plus totale. La coupe qui commencera dans deux mois pourrait bien être la dernière, car le sucre produit à La Réunion a un coût plus important que celui de ses concurrents européens. De plus, la Commission européenne signe des accords qui permettent à des pays exportateurs de sucre de canne de vendre leur production en Europe, le marché d’écoulement du sucre réunionnais.

On aurait pu s’attendre à ce que la foire agricole de Bras-Panon consacre une large place à cette question. C’était en effet l’occasion rêvée de consacrer ses 10 jours à la mobilisation pour la survie de la filière canne-sucre. Mais la lecture du programme détaillé ne reflète pas cette ambition. Il ne fait pas état du moindre débat sur cette question. Les organisateurs sont pourtant des professionnels du secteur. Ils sont parfaitement informés de l’échéance 2017. Ce n’est pourtant pas en refusant de parler d’un problème qu’il va disparaître comme par enchantement. Quand donc cessera cette conspiration du silence sur la menace qui pèse sur la filière canne ?

J.B.


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