Edito

Moments de vérité

J.B. / 6 juillet 2013

Cette année, plus de 10.700 Réunionnais se sont présentés aux épreuves du baccalauréat. Les premiers résultats sont tombés hier : plus de 70% de réussite dès le premier groupe d’épreuve. D’ores et déjà, plus de 7.000 Réunionnais ont obtenu le diplôme qui leur donne le droit de poursuivre des études supérieures. Quant aux 30% qui restent, nombre d’entre eux ont encore la possibilité de décrocher le diplôme lors des épreuves orales. Il est donc probable qu’au 10 juillet, La Réunion compte au moins 8.000 bacheliers supplémentaires. À eux s’ajoutent les milliers de jeunes que le système scolaire a orientés vers le cycle professionnel et qui tentent de décrocher un diplôme qui doit leur permettre d’exercer directement un métier.

Ces quelques chiffres montrent combien La Réunion a changé rapidement en quelques décennies. En 1946, date de l’abolition du statut colonial, La Réunion comptait un seul lycée. Au moment de la création du PCR en 1959, c’était toujours le cas. Le nombre de bacheliers se comptait donc en dizaines tous les ans. Il a fallu attendre la fin des années 1960 pour que soient construits la cité scolaire du Butor, puis le lycée du Tampon. Aujourd’hui, ce sont plus de 40 lycées qui préparent les jeunes au Bac. Et aujourd’hui, l’unité de compte est devenue le millier, avec un taux de réussite comparable à la moyenne des Académies françaises.

Cela témoigne donc du niveau de formation à laquelle les jeunes Réunionnais arrivent à accéder, et cela dans un système éducatif où la langue d’enseignement n’est pas la langue maternelle.

Une fois passée l’euphorie des résultats positifs, ce sera le moment de vérité.

Nombre de ces jeunes vont poursuivre dans l’enseignement supérieur, là où le taux de réussite est très nettement inférieur à celui du Bac. Quant à ceux qui vont tenter directement de travailler avec le Bac, ce sera très difficile pour eux. Cela le sera encore plus pour les milliers de jeunes qui sortent de l’école sans aucun diplôme. Pour plus de 70% d’entre eux, le système les condamne au chômage.

Tant que tout ce potentiel ne sera pas reconnu à sa juste valeur dans son pays, la frustration de la jeunesse ne fera qu’augmenter.

Mais le cadre actuel ne permet pas d’offrir une solution à tous ces jeunes.

Deux mois après les résultats du bac, ce sera un autre moment de vérité. Combien de fonctionnaires sans attache avec La Réunion seront-ils mutés dans notre île pour assurer des cours dans l’Éducation nationale ? Chaque année, c’est la même situation, avec l’arrivée de centaines de mutés, tandis que de jeunes diplômés de plus en plus nombreux sont contraints de choisir entre le chômage ici, et l’exil sans certitude d’emploi ailleurs.

Pour sortir par le haut de cette contradiction qui s’aggrave chaque année, le PCR a proposé d’extraire les postes à pourvoir à La Réunion du mouvement inter-académique. C’est une mesure expérimentale qui vise à faciliter l’embauche de jeunes Réunionnais formés aux métiers de l’Éducation nationale. Sera-t-elle examinée, évaluée pour être prise en compte ?

Le moment de vérité approche.

J.B.


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