Edito

Naufrage à Toulon

Témoignages.re / 3 décembre 2011

Jeudi à Toulon, le chef de l’UMP en campagne a tenu un discours sur la crise.
Le choix de Toulon était réfléchi. C’est dans cette ville qu’en septembre 2008 Sarkozy avait prononcé un discours sur la crise. À cette époque, il avait plaidé pour une moralisation du capitalisme financier : « je n’hésite pas à dire que les modes de rémunération des dirigeants et des opérateurs doivent être encadrés. (…) Alors ou bien les professionnels se mettent d’accord sur des pratiques acceptables, ou bien nous réglerons le problème par la loi avant la fin de l’année ». Quant aux banques, elles sentaient souffler le vent du boulet : « Il faut ensuite réglementer les banques pour réguler le système. Car les banques sont au cœur du système (…) il faudra bien aussi se poser des questions qui fâchent comme celle des paradis fiscaux ». Quant à Mooddy’s, Standard&Poor’s et les autres, attention « car il va falloir se décider à contrôler les agences de notation qui ont été défaillantes ». Conclusion : « je suis convaincu que le mal est profond et qu’il faut remettre à plat tout le système financier et monétaire mondial, comme on le fit à Bretton-Woods après la Seconde Guerre mondiale ».

En 2011, Nicolas Sarkozy a eu pendant 12 mois une occasion rêvée de lancer ce nouveau "Bretton-Woods". Il était à la fois le président du G20 et du G8. Mais les financiers n’ont pas tremblé. Le chef de l’État a volé au secours des banques françaises empêtrées dans leurs investissements hasardeux en Grèce. Quant aux agences de notation, ce sont elles qui font trembler Sarkozy. Car un des arguments pour justifier la casse sociale, c’est d’éviter à tout prix la perte du triple A, une création des agences de notation. Cette double présidence s’est terminée par le fiasco de Cannes, avec une pathétique conférence de presse de Nicolas Sarkozy aux côtés de son ami américain Obama, ce dernier fort de ses certitudes face aux Français empêtré dans son incapacité à agir.

Trois ans après le premier discours de Toulon, Nicolas Sarkozy a de nouveau parlé de la crise. Mais à aucun moment, il ne remet en cause ses décisions. Pire, ce sont les lois sociales qui sont responsables de la faillite selon lui : « Dans le monde tel qu’il est, avec les défis que nous avons à relever, avec ce que sont les tendances de la démographie, la retraite à 60 ans et les 35 heures ont été des fautes graves dont nous payons aujourd’hui lourdement les conséquences et qu’il nous a fallu réparer ». En deux mots, la crise, c’est la faute du peuple.
Aux États-Unis, les 35 heures et la retraite à 60 ans n’existent pas, mais le pays a perdu son triple A. Les travailleurs Irlandais n’avaient pas droit à ces conquêtes sociales quand leur État s’est trouvé en faillite. Les Grecs, les Italiens ou les Portugais n’ont pas droit à la retraite à 60 ans et aux 35 heures, pourtant ils sont victimes de la crise de la dette.
À Toulon, le chef de l’UMP en campagne a dit qu’il va continuer la même politique : restriction sur l’aide sociale et suppression de postes dans la fonction publique. La crise va donc encore s’aggraver. Maintenant que son chef s’est exprimé, Didier Robert, représentant du gouvernement, va-t-il enfin expliquer pourquoi il a voté contre la retraite à 60 ans ? À Toulon, le bateau UMP a commencé à couler, sera-t-il abandonné en pleine tempête ?

J.B.


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