Edito

Ne pas confondre vitesse et précipitation

J.B. / 24 novembre 2012

Lors de la première intervention du Président de la République, les observateurs ont pu constater que l’Homme était bien dans la fonction et qu’il pouvait s’adapter aux circonstances les plus délicates. En particulier, cette opération médiatique avait pour mission de donner des signes au système financier qu’il ne fallait pas baisser la note française. Il était bien dit qu’une baisse allait entraîner une image négative et conduire à renchérir le taux des emprunts bancaires publics et privés. Il fallait donner des gages.

Devant l’imminence d’une baisse, le Président n’a pas hésité à marcher sur les convenances. Il déclare : « J’ai donc voulu que nous prenions les décisions qui convenaient. Et dans le bon ordre. Un rapport a été demandé à un grand industriel : Louis Gallois » . Que n’a-t-on dit sur cette méthode ? Une habileté, un subterfuge, une hésitation… Et, le gouvernement n’aura pas mis moins de 24 heures pour reprendre l’essentiel, en proposant un « pacte ».

En effet, la méthode de gouvernance étonne plus d’un démocrate. Un expert est appelé à formuler des propositions qui sont immédiatement reprises par l’exécutif dans un dispositif qui engage la France et les Français pour 20 milliards ! Il précise : « cette mesure aura un effet immédiat. Les entreprises pourront l’intégrer dans leurs comptes dès le 1 er janvier 2013. Elle sera simple, sans formalités administratives. Elle sera générale, utilisable par toutes les entreprises, y compris les plus petites même celles qui ne paient pas l’impôt sur les sociétés. » Cela fonctionnera comme un « allègement de 6% de la masse salariale jusqu’à 2,5 SMIC. » Le MEDEF n’en demandait pas tant.

Une telle célérité étonne les parlementaires qui donnent l’impression d’inaugurer les chrysanthèmes, car tout est déjà dit par le Président. Heureusement qu’il y a un grand « Gallois ». En son temps, Sarkozy donnait lui aussi l’impression de maîtriser « l’avenir » et le « temps », en octroyant 14 milliards d’euros, un « bouclier fiscal » sensé de protéger les entreprises et les Français. Il lui a suffi de 2 années pour se rendre compte de la catastrophe. Quand il a fait machine arrière, la France avait déjà doublé son déficit.

Au lendemain de l’intervention présidentielle, la note française a été baissée. Les agences ont motivé leur décision. L’opération médiatique n’a pas atteint sa cible. Pire, on apprend que la Grèce ne pourra pas honorer ses dettes de 240 milliards, dont une importante contribution française. La France est au début de l’accélération de la crise. Les conflits militaires, les augmentations des prix des matières premières et le changement climatique peuvent bouleverser les données actuelles. Les parlementaires rappelleront à l’exécutif qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation.

J.B.


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