Edito

Nos Verts, ces géants…

Geoffroy Géraud-Legros / 20 juin 2011

C’était sous la mandature de Margie Sudre. Paul Vergès, alors vice-président de la Région Réunion, évoquait pour la première fois face à l’assemblée la question du réchauffement climatique. Une problématique qui n’était pas, alors, au centre de l’attention commune et dont de nombreux scientifiques — des sincères et des moins sincères — niaient encore la réalité.
La réaction fut, hélas, de bas niveau : bâillements et haussements d’épaules chez les uns, rire gras chez les autres. Et, comme de bien entendu, l’interprétation raz de terre de Jacques Tillier, ancien de l’hebdomadaire FN “Minute”, atterri à La Réunion à la suite d’un différend avec Jacques Mesrine et devenu boss du “”JIR au début des années 1990. Pour ce dernier, l’intervention de l’élu communiste ne constituait qu’une diversion. Le temps a passé, et même les plus obtus reconnaissent aujourd’hui l’urgence du problème climatique et la centralité du développement durable.

Ne subsistent, du côté des négateurs, que des fanatiques — tels les membres du Tea-Party américain, pour qui laisser robinets et lumières allumés constituent des actes militants — ou les scientifiques acquis aux intérêts du big business. Les Réunionnais ont été en première ligne dans l’émergence de cet enjeu de société : il y eut, en 2001, la loi Vergès déclarant le réchauffement climatique « grande cause nationale », instaurant un Observatoire national des effets du réchauffement climatique (ONERC). Le Sommet de Copenhague vit les initiatives réunionnaises récompensées par le Prix Nobel Rajendra Pachaury, président du GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui put de surcroît citer en exemple le programme de développement d’énergies renouvelables engagé à La Réunion.
Sans surprise, le “JIR”, lieu où l’esprit de Jacques Tillier continue de souffler , s’employa à ridiculiser ces voix réunionnaises dans l’arène internationale. La dynamique de développement durable actionnée dans notre île fut ensuite volontairement mise en panne : arrivée aux commandes régionales, l’UMP mit fin au chemin de fer, à la géothermie, et porta un coup à l’énergie solaire… Ces postures et ces choix apparaissent au demeurant fort logiques, de la part d’un courant garant des intérêts du monopole pétrolier et du lobby routier.

Chose qui doit paraître bien plus surprenante vue d’ailleurs, ces positions sont partagées par des représentants à La Réunion du mouvement Europe-Ecologie-Les Verts. Aux élections régionales, les dirigeants d’EELV avaient ouvertement choisi de faire perdre l’Alliance, sachant pertinemment que cette défaite entrainerait la destruction du train, la fin de la géothermie et le rabotage du solaire, toutes choses dûment annoncées par l’UMP. Régression qui ne fut pas véritablement contestée par les porte-parole d’EELV lors de la signature des Accords dits de “Matignon II” entérinant la fin du tram-train, la branche “coopérative” des écologistes réunionnais exerçant l’essentiel de la critique envers la politique nationale et régionale de l’UMP.
Les Sénatoriales pourraient amener de nouveaux étonnements surprises : il se dit, dans les milieux autorisés, qu’EELV pourrait apporter son soutien à Michel Vergoz, adversaire déclaré du tram-train avant et pendant les dernières Régionales. La rumeur enfle, et provoque un certain malaise dans les milieux écolos. Pour lui tordre le cou, le bureau d’EELV convoquait samedi une conférence de presse. Revirement : les Verts sont désormais “contre” la nouvelle route voulue par l’UMP et pour un train… creusé dans la falaise. Cela, sans un examen des fragiles écosystèmes qui s’y trouvent, de la faisabilité des travaux, et sans alternative aux kilomètres d’embouteillages quasi quotidiens, facteurs de pollution. Sur une île qui a brillé par son avancée dans le développement, nos Verts, ces géants, s’étaient déjà employés à faire capoter un ambitieux dispositif écologique. Vont-ils demain porter au Sénat un ex-rallyman, promoteur du tout-automobile ?

G.G.-L.


Kanalreunion.com