Edito

Notre-Dame des Landes : un référendum bien étrange

J.B. / 28 juin 2016

Dimanche, l’État a organisé un vote consultatif au sujet du projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes. Présenté comme le futur aéroport du Grand Ouest de la France, ce projet fait face à une large opposition. Les électeurs appelés à se prononcer ont été voter à plus de 50 %, et plus de la moitié des suffrages ont été pour ce projet. S’appuyant sur ce résultat, le gouvernement socialiste et le président de Région de droite veulent donc lancer les travaux. Mais les opposants remettent en cause le résultat qu’ils savaient couru d’avance et n’arrêteront pas le combat. Cette position mérite que l’on s’y attarde.

La lecture des résultats est en effet très claire. Dans les communes concernées par l’implantation de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, les électeurs se sont très largement prononcés contre le projet. Mais ils n’étaient pas les seuls à voter… Le gouvernement avait en effet choisi comme circonscription de département de Loire-Atlantique, ce qui englobe les riverains de l’actuel aéroport de Nantes. Ce dernier sera fermé si jamais celui de Notre-Dame des Landes est ouvert. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que dans les communes actuellement survolées par les avions, les votants se sont exprimés à plus de 70 % pour le projet soutenu par le gouvernement, car il signifie pour eux la fin des nuisances. C’est comme si on demandait aux riverains d’une carrière à La Réunion de donner leur avis sur l’ouverture d’une carrière à Bois-Blanc en sachant qu’une telle décision signifierait pour eux la fin de norias de camions qui alimentent en galets la route en mer dite NRL, le résultat ne ferait guère de doute. Globalement, l’agglomération nantaise qui représente plus du quart du corps électoral s’est prononcée pour le transfert de l’aéroport à Notre-Dame des Landes.

Les électeurs du nord du département a fortement voté également pour la proposition du gouvernement. En effet, Notre-Dame des Landes se situe pour eux moins loin que Nantes, ils auront donc moins de route à faire pour prendre l’avion. D’où cette question : pourquoi ne pas avoir également consulté les habitants des régions voisines, Bretagne et Poitou, qui seront concernés au même titre que ceux de la Loire-Atlantique par Notre-Dame des Landes ? En effet, le projet est annoncé comme l’aéroport du Grand Ouest de la France. C’est justement là où le bât blesse, car les sondages faisaient apparaître dans ces régions une opposition majoritaire au projet du gouvernement. En effet, pour ces usagers potentiels, le déplacement de Nantes à Notre-Dame des Landes ne signifie pas une grande différence de temps de trajet pour s’y rendre, ce qui replace la question de la protection de l’environnement comme problème principal. D’où le choix d’une circonscription où les sondages étaient favorables. Voilà comment le référendum, pourtant présenté comme l’expression la plus transparente de la démocratie, peut également être utilisé pour couvrir un déni de démocratie.

À l’heure où le gouvernement et la Région Réunion voient s’amonceler les difficultés et les oppositions au projet de route en mer dite NRL, ce rappel n’est pas inutile.

J.B.


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