Edito

« Nou lé kapab »

Témoignages.re / 12 mai 2012

La Réunion est la région la plus touchée par le chômage, non seulement au sein de la République, mais aussi dans toute l’Union européenne. C’est un fait connu, qui a de lourdes conséquences. Car la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Pourtant, La Réunion ne manque pas de compétences. Dans notre île, le taux de réussite au bac est équivalent à celui de la moyenne en France. Et chaque année, des milliers de jeunes entrent dans l’enseignement supérieur, ou sortent de l’école avec un diplôme.

Malgré cette situation de pénurie d’emploi et d’abondance de compétence, il existe des entreprises qui décrochent des chantiers à La Réunion et qui préfèrent faire venir de 10.000 kilomètres des travailleurs plutôt que d’embaucher des Réunionnais. Le discours est connu, ces patrons disent que les Réunionnais ne sont pas capables. Comme dans le système actuel, une entreprise n’est pas là pour faire de la philanthropie, si cette décision a été prise, c’est bien pour augmenter les profits.

C’est bien la preuve que le changement est nécessaire. La population s’est exprimée dans ce sens, mais apparemment, le message n’est pas encore bien compris. Car dans notre pays, il existe une revendication portée notamment par la jeunesse et en particulier l’AJFER : « Nou lé kapab ». Cela veut dire aussi priorité à l’emploi des Réunionnais à La Réunion. Rien ne s’oppose à ce que les Réunionnais puissent occuper tous les postes créés dans notre pays, à condition que les autorités prennent des mesures pour que les Réunionnais puissent avoir le droit de se former comme les autres.

C’est ainsi que quand Paul Vergès était président de la Région, des formations ont été organisées pour qu’un maximum de Réunionnais puisse occuper les milliers d’emplois créés par le chantier de la Route des Tamarins. C’est aussi l’objet des conventions signées avec les différents acteurs de la politique de l’emploi en vue de la construction du tram-train. Il est tout aussi évident que pour atteindre l’objectif d’autonomie énergétique, des installations devront être construites par des Réunionnais, ce qui créera aussi de l’emploi.

Mais il persiste à La Réunion une vision d’arrière-garde : les Réunionnais ne sont pas capables. C’est la ligne de conduite qui prédomine sur le chantier de la centrale thermique du Port, le plus gros chantier en cours dans notre île. Chacun se souvient des manifestations des syndicats pour dénoncer le refus de recruter des Réunionnais et leur remplacement par des centaines de travailleurs venus d’Europe tous frais payés.

Le chantier de la ferme photovoltaïque de La Plaine des Cafres procède de la même vision. Cela cible clairement les responsabilités sur l’actuelle direction de la Région Réunion, en charge de la formation et de la planification économique, incapable d’anticiper.

 J.B. 


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