Edito

Nous n’avons pas le choix

Geoffroy Géraud-Legros / 31 mars 2011

La marche du monde ne connaît ni temps morts, ni jours tranquilles. Elle n’est faite que de bouleversements, de crises, de transformations et de mutations. La théorie des dominos, formulée par les stratèges de la guerre froide et redécouverte lors de la crise du monde arabe, semble s’appliquer à merveille aux transformations du monde contemporain. Les différentes réalités qui le composent sont tellement imbriquées – ou plus exactement, interdépendantes - qu’il n’est guère d’évènement dans un lieu et un secteur d’activité déterminés qui n’ait de conséquences immédiatement perceptibles sur d’autres lieux, d’autres sociétés.

Rien de nouveau, dira-t-on : la mise en relation des économies, des cultures et des sociétés n’a pas attendu les formules faciles dont sont friands les journalistes, telles que le « village monde » et les perpétuelles rengaines sur la « mondialisation ». Indéniablement, pourtant, les choses s’accélèrent : sans doute, parce que nous les voyons, ou croyons les voir en train d’arriver. Aussi, parce que l’économie, dont aucun soubresaut n’est indolore, connecte aujourd’hui la plupart des contrées du globe. Mais surtout — et nous ne cessons de nous en apercevoir — parce que les mutations de l’environnement s’imposent à tous les êtres.

Ainsi, les crises économiques ont plus que jamais des effets mondiaux, qui s’exercent presque immédiatement dans les lieux les plus reculés du globe ; la pollution du Nord crée au Sud des cyclones monstrueux ; au Japon, la terre nous rappelle en tremblant à quel point la société industrielle qui s’est imposée au monde repose sur des pieds d’argile.

On aurait tort, pourtant, de croire que les bouleversements du monde, que nous voyons arriver plus vite, plus fort, et que nous sommes convaincus de percevoir plus clairement, sont par eux-mêmes porteurs de transformations radicales pour l’ordre social et les manières de voir : les multinationales avides de profits et les grandes puissances impérialistes, étatiques ou non, sortent indemnes, et peut-être même en meilleure santé des révolutions d’Afrique du Nord. La catastrophe de Fukushima n’entame pas la détermination du lobby nucléaire. Les multinationales américaines font leur beurre transgénique du séisme d’Haïti. La crise économique sert à pressurer les peuples d’Europe du Sud et de l’Est, pris dans l’étau des évaluations chiffrées des agences de manipulation, pour qui le destin des populations, leur droit au bien-être et à la dignité s’échelonne selon les premières lettres de l’alphabet.

Bref : l’ordre injuste progresse sur les décombres de ses méfaits ; guettant les moindres drames, il les met à profit pour s’imposer plus durement encore à ses victimes. Nous, Réunionnais, devons en avoir conscience : Européens par notre statut politique, nous devons faire face à la casse sociale orchestrée depuis les institutions internationales, relayée par nos gouvernants et par les institutions européennes. Africains par la géographie, nous sommes au bord d’un monde pauvre dont la population explose. Habitants de l’océan Indien, nous vivons entre les cyclones et les tempêtes. Et nous sommes, de surcroît, assis sur un volcan. Pour exister, nous serons donc condamnés à nous rassembler et à tenir bon. Peut-être est-il temps que nous cessions de nous dénoncer les uns les autres à longueur d’ondes radiophoniques. Peut-être est-il temps que le Réunionnais cesse de totocher le Réunionnais. Peut-être est-il temps de cesser de nous déchirer parce que nous n’avons pas les mêmes croyances, les mêmes sensibilités, les mêmes étiquettes politiques. Nous n’avons pas le choix.

G.G-L.


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