Edito

NRL : conspiration pour cacher la vérité à la population ?

J.B. / 23 décembre 2015

Dans l’histoire de La Réunion, le projet de route en mer apparaît comme l’un des plus contestés. Il est le prolongement d’une décision prise voici plus de 50 ans : la suppression du chemin de fer et la construction de la première route du littoral. À l’époque, La Réunion n’était pas un pays où la liberté d’opinion était garantie. C’est donc dans un contexte de répression des opinions divergentes que s’est fait cette première route, puis la seconde.

Car il apparut rapidement que le danger évident des chutes de pierres n’avait pas été suffisamment anticipé. Cela a entraîné la construction d’une nouvelle route. La seconde route du littoral était plus grande que la première : quatre voies au lieu de deux. Elle s’éloignait aussi de la falaise pour aller à la rencontre de la mer.

Ce choix n’a pas permis de sécuriser définitivement la liaison entre Saint-Denis et La Possession.

Le projet de Didier Robert soutenu par Gilbert Annette procède de la même logique : ajouter encore deux voies à la route précédente et s’avancer encore plus dans la mer. Cette fois, ce n’est plus une route du littoral mais une route en mer, ceci au moment où le niveau de l’océan monte de plus en plus vite. Cette dimension maritime est parfaitement démontrée par l’utilisation de bateaux pour creuser, déplacer et déverser des galets sur les fonds marins. Mais grâce à la lutte pour la liberté d’opinion, menée notamment par le PCR, la mobilisation contre ce chantier dangereux et inutile peut s’organiser sans craindre la répression. Et cela donne des résultats.

De nombreux recours sont en attente de jugement de la part de la justice administrative. L’association ATR-FNAUT en a déposé plusieurs. La route en mer, dite NRL, bénéficie en effet d’une bienveillance très suspecte de la part des autorités. Le Conseil national pour la protection de la nature a donné un avis défavorable, qu’à cela ne tienne l’État a donné les dérogations indispensables à la poursuite du chantier. Les matériaux manquent à La Réunion, pas de problème, les autorisations sont données dans un temps éclair pour importer des roches de Madagascar, alors que la protection de la biodiversité et la santé sont en jeu.

Devant une telle accumulation de faits, difficile de croire qu’au moins un des recours ne puisse pas aboutir. C’est pourtant ce que pense Me Crégut, avocat de l’association ATR-FNAUT. D’après ses propos dans la presse, la déclaration d’utilité publique rend le projet inattaquable. Ce n’est pourtant pas le cas du projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes en France. Le gouvernement a en effet décidé de suspendre tous les travaux en attendant le jugement définitif des recours alors que le projet a obtenu une déclaration d’utilité publique. Car comme toute décision administrative, une DUP peut être cassée par une juridiction.

Ce nouvel épisode ne peut que renforcer le combat contre le projet de NRL. Car si la NRL était un projet crédible et financé, comment expliquer toutes ces tentatives pour passer en force en entretenant l’opacité autour de cette opération ?


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