Edito

Ouh la menteuse

Geoffroy Géraud-Legros / 2 décembre 2010

Il est vrai qu’avant Marie-Luce Penchard, les Réunionnais n’avaient pas la TNT. Ils l’ont d’ailleurs eue sans Marie-Luce Penchard, arrivée en retard pour l’inauguration de ce nouvel équipement technologique. Équipement dont, entre parenthèses, on ne voit pas bien le caractère indispensable, dans un pays qui s’enfonce dans la pauvreté, le chômage et la précarité. La ministre sait-elle qu’avant même la TNT, les autochtones que nous sommes avaient tout de même déjà accès à une information plus ou moins diversifiée ?

On se le demande, à entendre le gros mensonge qu’elle a proféré hier à la télévision, expliquant que — et c’était, disait-elle, bien malheureux — « aucun ultramarin n’était disponible » pour assumer la fonction de commissaire au développement endogène. Or, contrairement à ce que pense Mme Penchard, nous avions déjà la télé et la radio avant qu’elle ne débarque dans notre île. Ce qui nous permet de savoir que les autres Régions d’outre-mer se sont elles aussi retrouvées flanquées de commissaires exogènes pour faire du développement endogène.
Si encore la ministre nous avait dit qu’elle n’avait pas trouvé un Réunionnais faisant l’affaire à La Réunion… cela n’aurait finalement été qu’une grosse couleuvre sarkoziste de plus à avaler. Mais affirmer que le cabinet d’audit (sans doute grassement rémunéré) auquel elle a fait appel n’a trouvé ni Guadeloupéen, ni Guyanais, ni Martiniquais pour s’occuper du développement dans leurs pays respectifs, ce n’est plus de la couleuvre, c’est du boa constrictor. D’autant que Mme Penchard, peu soucieuse de cohérence, déclare dans la même interview que des ultramarins compétents, il y en a. Et il y en a même pas mal. Seulement, voyez-vous, pas de bol : ils sont tous déjà employés « à l’étranger », et il faut « respecter leur choix ».
Passons sur le tic de langage irritant du « respect », sans doute conseillé par un chargé de « com » en mal d’inspiration. À qui Marie-Luce Penchard veut-elle faire gober que tous les ultra-marins qualifiés effectuent de prestigieuses missions diplomatiques ? La vérité est que le gouvernement n’a tout bonnement aucune intention de nous laisser nous occuper de notre développement. Au contraire : il veut y garder un œil, une main, et une botte. La ministre a parcouru plus de 10.000 kilomètres pour nous servir ce que l’on nomme en langue endémique, un “tazage”.

G.G.-L.


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