Edito

Paradise Papers : la logique du capitalisme

J.B. / 8 novembre 2017

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La diffusion par le Consortium international des journalistes d’investigation de nouvelles données sur la fraude fiscale est encore plus importante que les Panama Papers. Cette fois, les diffuseurs des Paradise Papers ont mis la main sur plus de 13 millions de documents. Ils permettent d’apporter un éclairage sur la gigantesque opération de fraude organisée au profit des plus riches.

Il s’avère que le système économique dominant permet aux plus riches d’accroître leur fortune. Le niveau des inégalités est sans précédent, alors que la population du monde n’a jamais été aussi importante. Dans le même temps, le nombre de travailleurs ne cesse de battre des records, alors que l’innovation technologique garantit des gains de productivité sans précédents.

Les ingrédients sont réunis pour que le monde soit capable de créer des richesses comme jamais. Il s’avère que le produit de ce travail est très inégalement réparti. Les ultra-riches bénéficient pourtant d’un système leur garantissant une sécurité pour faire des affaires, et un système de santé pour accroître leur espérance de vie. Tout cela a un prix qui est financé par la collectivité. En compensation de toute cette protection, un impôt sur le revenu progressif a été mis en place dans de nombreux pays. Mais certains des nantis refusent de payer ce qu’ils doivent à la société. En conséquence, ils dissimulent leur fortune à l’abri des regards. Au total, le coût de cette fraude fiscale est estimée à 350 milliards d’euros par an. C’est autant de perdu pour les travailleurs qui créent la richesse, et aspirent à avoir droit à une protection sociale de qualité, ainsi qu’à des services publics à la hauteur.

Ces révélations surviennent au moment où l’Assemblée nationale examine le projet de loi de finances pour 2018. Une des mesures phares est la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune. Cela signifie par exemple que l’État fait un chèque de 400 millions d’euros à un millier de contribuables qui bénéficient de haut revenus. Qui peut croire que ces nantis puissent avoir besoin d’une telle assistance ?

Pour justifier cette décision, le gouvernement fait sienne la thèse du ruissellement. Cela veut dire donner plus aux riches en espérant qu’ils investissent dans des activités créatrices d’emploi. Les révélations des Paradise Papers montrent une toute autre réalité. De ruissellement il est plutôt question de dissimulation. C’est une des conséquences de la domination du capitalisme dans le monde, avec une version de plus en plus ultra-libérale en Occident. L’exploitation des travailleurs et de l’environnement est mise au service de l’accroissement de la fortune d’une minorité qui s’empresse de refuser de payer sa dette envers la société en toute impunité.

J.B.