Edito

Pas de rigueur pour les guerriers

Geoffroy Géraud-Legros / 13 avril 2011

40.000 euros de l’heure : c’est le coût d’une seule heure de vol de l’avion de chasse “Rafale”, dont la France a engagé 8 modèles dans le ciel libyen, aux côtés de 4 mirages qui ne reviennent “que” 20.000 euros de l’heure. Aux frais générés par les centaines d’heures de vol déjà accomplies par les appareils s’ajoute l’utilisation des munitions, qui à 350.000 euros le missile, affiche des montants exorbitants.

Des chiffres qui, certes, restent modestes si on les compare à ceux des matériels déployés par les USA, dont les seuls missiles Tomahawks coûtent la bagatelle de 1,5 million d’euros chacun. Les dépenses occasionnées par les guerres dans lesquelles le Président de la République a brutalement embarqué la France prennent en revanche toute leur dimension lorsqu’elles sont confrontées au discours que tiennent en boucle les dirigeants français sur les difficultés de l’économie et l’obligation corrélative de se « serrer la ceinture ».
Qui ne se souvient, dans ce registre, de la déclaration de François Fillon, qui se lamentait publiquement en 2008 de diriger un « Etat en faillite ».
On savait déjà que la « faillite » n’empêchait pas de distribuer des millions aux plus riches le plus légalement du monde, via un bouclier fiscal qui protège surtout les riches de la solidarité nationale. On savait que les coffres-forts de l’Etat restaient ouverts pour les banquiers, qui ont reçu 14 milliards d’euros d’argent public.

On savait que la « faillite » n’excluait pas l’achat d’un gros avion par un président français qui joue très fort à être celui des USA, ni qu’on paye 150.000 euros de cigares, et peut-être un petit peu de blanchisserie aussi à un éphémère secrétaire d’Etat UMP. La « faillite » n’allait pas non plus jusqu’à priver de jet privé à un autre pour se rendre à une réunion administrative en Guadeloupe.

Bref, au sommet de l’Etat, on était en faillite, mais on n’était pas mesquin. On savait vivre. Deux ans après, la « faillite », crise oblige, aurait dû transformer les budgets publics en ruines arides et fumantes. Et il en va bien ainsi, déplore-t-on, dans les domaines sociaux de l’action publique. Pas de rigueur, en revanche, pour les guerriers : une fois levé l’étendard de guerre, on peut faire péter des missiles hors de prix et faire naviguer un porte-avions — le “Charles de Gaulle” — à 50.000 euros de l’heure, sans être trop ennuyés par les tracasseries comptables. Il y a une ligne budgétaire prévue à cet effet : ce sont les “OPEX”. Si on la dépasse, c’est prévu aussi.

Alors oui, c’est vrai, le plus grand nombre ne vogue pas sur les vaisseaux de la gloire militaire, mais demeure embarqué dans les galères des hausses d’impôts, des coupes budgétaires, des délocalisations et du chômage. Considérations de boutiquiers, déshonorantes pour ceux qui les profèrent, répond-on du côté du Ministère de la Défense, où l’on tonne sur le ton du courroux légitime que « les droits de l’Homme n’ont pas de prix ». C’est donc qu’ils en avaient un, et qu’ils ne valaient pas bien cher, lorsque les mêmes VRP de notre Etat « en faillite » essayaient à toute force de fourguer des avions rafale à Mouammar Kadhafi, il y à peine trois ans de cela…

G.G.-L.


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