Edito

Pas de solutions miracle… mais la négociation et le partage

Geoffroy Géraud-Legros / 12 septembre 2009

Au cours de la conférence de presse donnée mercredi dernier par le PCR, Maurice Gironcel a évoqué la situation de détresse dans laquelle se trouve le secteur du bâtiment, qui fait face à la destruction de près 10.000 emplois en une année seulement. Devant cette dégradation brutale, les professionnels demandent une accélération des commandes publiques, qui représentent près de 65% du chiffre d’affaires de ce domaine d’activité.
Comme en écho négatif à cet appel à un investissement de la collectivité dans la relance de la construction, de l’emploi et la cohésion sociale, l’actualité met au jour l’irruption des Accords de partenariat économique (APE). Ces conventions, qui transposent dans notre aire l’idéologie de l’ultralibéralisme, ont vocation à imposer à notre pays un libre-échange sans régulation. S’ils sont avalisés par le Parlement européen, les APE exposeront notre économie à une concurrence intenable pour les acteurs économiques locaux, et à la délocalisation de nos outils de production, ainsi que de nombreux services.
C’est dans un silence qui confine au secret, sans information institutionnelle, sans consultation, ni association des Réunionnais, qu’ont été élaborés les accords qui pourraient, demain, sceller leur destin.
À cette exclusion de la voix réunionnaise à l’échelle internationale s’ajoute le mutisme des principaux médias sur la question des APE : au final, une véritable révolution — qui risque fort de prendre la forme d’une immense régression sociale — se déroule sans que nous ne la voyions, alors même que nous avons à notre disposition un nombre considérable de moyens de communication.
À l’inverse, la publicité n’a pas fait défaut à la publication du rapport de la Haute Autorité de la Concurrence.
Calendrier électoral oblige, le document a, dès sa parution, été intégré à l’arsenal des critiques sans perspectives de l’octroi de mer. Pourtant, dans un contexte où l’ensemble des protections dont bénéficie la production réunionnaise est menacé, la disparition sans contrepartie de l’octroi de mer porterait un mauvais coup supplémentaire à l’économie et à l’emploi des Réunionnais.
Face à l’épuisement d’un système, dont les signes se font de plus en plus visibles, il n’est pas, selon le terme employé par Mme Penchard, de « solutions miracles ».
Mais sans croire aux miracles, il est possible de répondre au défi de l’avenir par des solutions fondées sur le partage et la négociation : partenariat institutionnel dans la conclusion des accords internationaux qui concernent notre devenir ; co-développement avec les pays de la zone pour éviter la catastrophe de l’ultralibéralisme. C’est ce changement de perspective qui, demain, pourrait permettre aux Réunionnais d’échapper par le haut à l’étreinte de la crise.

Geoffroy Géraud


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