Edito

Pas foutu capable

Geoffroy Géraud-Legros / 18 octobre 2010

Les flammes dévorent le Maïdo depuis lundi dernier. Un désastre. Un crime, si le feu a une quelconque origine volontaire. Un crime contre La Réunion, mais aussi contre la vie, puisque le parc naturel, auquel appartient le site livré à l’incendie, est l’un des lieux au monde où la bio-diversité est la plus foisonnante. En Août dernier, cette richesse avait valu à nos Pitons, Cirques et Remparts la reconnaissance du monde, validée par leur inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Une victoire célébrée à deux bouts du monde : après l’annonce de la décision du comité chargé d’examiner les demandes de classement, la délégation menée par Daniel Gonthier, maire UMP de Bras-Panon et président du Parc national des Hauts, chantait « la rosée tombée » et « ti fleur fanée » sur les bancs d’un parc de la capitale brésilienne. On put même voir à la télévision un Gonthier en extase, en train de soukouyé son kayamb. Ce même kayamb, l’élu pannonais le brandissait à pleine main au dessus de sa tête en arrivant à Gillot, alors qu’il sautillait sur place, scandant son propre nom à pleine voix : « Gon-thier ! Gon-thier ! »
Un beau titre et un peu de Com’, qui arrivaient à point nommé pour le maire de Bras-Panon, en escamotant pour un temps les nombreuses critiques envers certains aspects de son voyage au Brésil. On lui reprochait, outre un côté 4 étoiles — vol en 1e classe, pause shopping sur les Champs-Élysées avant de franchir l’Atlantique, cocktails en série — le nombre considérable d’accompagnateurs plus « batteurs d’carré » qu’experts qui composaient sa suite.
Revenu sur son fief, Daniel Gonthier fit voir que son périple brésilien ne l’avait guère grandi politiquement. Après avoir couvert Bras-Panon d’affiches à sa gloire, il a consacré la première séance du conseil municipal qui a suivi son retour à border quelques travailleurs titulaires d’emplois verts, pour la seule raison que leur contrat avait été obtenu grâce à l’Association Agir pou nout tout.
Dans l’urgence et dans la détresse, les personnalités et les caractères apparaissent plus nettement.
On a pu admirer le courage et la valeur des sapeurs pompiers, qui depuis près d’une semaine, bataillent ferme contre le mur de flamme. On a vu l’implication d’Huguette Bello, maire de la commune où se déchaine l’incendie. On aurait été en droit d’attendre un investissement total du président de parc national des Hauts, face à son premier vrai défi depuis l’obtention du label UNESCO.
Mais on ne l’a ni vu ni entendu.
Faire le vaillant, ça, il sait. Partir bat’ carré, ça, il sait faire. Totocher les travailleurs, il connaît. Mais assumer ses fonctions et son titre, se mobiliser pour mobiliser contre les flammes, faire vivre la distinction de l’UNESCO en-dehors de sa promotion personnelle, il n’en est pas foutu capable.

G.G.-L.


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