Edito

Pas vu, peut-être, mais bientôt pris…

Geoffroy Géraud-Legros / 1er octobre 2010

La fameuse "com’", qu’on le veuille ou non, façonne aujourd’hui l’activité politique. À tel point qu’elle ne sert plus seulement à enrober les bonnes ou mauvaises actions des décideurs : elle est de plus en plus en train de les remplacer… du moins, chez les décideurs qui sont plutôt mauvais que bons. Ceux-là ont fini par se rendre compte que réaliser des projets sur le papier, à la télé et sur internet (le fameux monde virtuel) c’est facile, moins fatigant et moins coûteux que d’agir dans l’autre monde — le vrai.

Les Français ont eu leur compte depuis 2007 : d’innombrables spots, pubs, télés, articles de journaux ont cherché de convaincre le citoyen que, contrairement à ce qu’il se figure, tout va bien, les privatisations, c’est formidable, l’État policier, ça marche du tonnerre, et que moins il y a de Sécu et moins il y a de retraites, mieux on est soignés et mieux on vieillit.

Et savez-vous ? Ça marche. Mais ça ne marche tout de même pas trop longtemps. Que font alors les — plutôt mauvais — décideurs ? Ils sortent une autre "com’". Face aux caméras, le verbe aboie, on dénigre les opposants, on brutalise les "indésirables". Grève générale en Guadeloupe ? C’est l’œuvre de « Tontons Macoutes » pour M. Lefebvre. L’UMP va prendre une raclée aux régionales ? On monte une cabale raciste contre Ali Soumaré. Le peuple refuse la rigueur ? On remplit des charters. Là, c’est l’autre visage de la "com’". Celle qui noie les échecs, les forfaits et le pillage des biens publics dans le bruit et dans la fureur.

À La Réunion, on commence à connaître. Depuis qu’elle occupe la Région, l’UMP a dépensé des centaines de milliers d’euros en voyages de "com’", en encarts de presse, en pubs. But : montrer qu’on signait des protocoles quand on n’en signait pas, que l’État donnait de l’argent alors que Didier Robert lui faisait cadeau des 3 milliards du protocole de Matignon, que François Fillon arrivait alors qu’il n’avait aucune intention de venir, que les chantiers fleurissaient alors qu’ils ferment, que le Réunionnais voyage moins cher alors qu’il paye la continuité territoriale avec ses propres impôts. Fort logiquement, cela a commencé à coincer. Et en bon disciple de M. Sarkozy, M. Robert s’est mis à l’invective, réunissant en conférence de presse le grinçant Fournel et la criarde Couapel-Sauret, pour menacer ses opposants de « poursuites judiciaires ».

Aujourd’hui, que reste-t-il du plan "com’" ? François Fillon n’est pas là. L’argent du protocole de Matignon ne l’est plus. Il faudra bien le dire à un moment ou à un autre. Cet aveu, M. Robert a mis à profit la crise à la SEMATRA, opportunément déclenchée par ses soins, pour le faire. Finies, les doubles pages dans les grands journaux et les déclarations emphatiques sous les ors parisiens : c’est dans un coin, tout en bas d’une double page consacrée à Air Austral, que le président de la Région nous dit en quelques mots qu’il a perdu quasiment tous les crédits acquis pour le développement du pays. Et que pour le peu qui reste, on verra plus tard. Didier Robert tente donc de noyer le (gros) poisson dans les remous de la mauvaise querelle qu’il a cherchée à Nassimah Dindar. Du coup, l’information est presque passée inaperçue au plus grand nombre. Mais cela ne durera pas très longtemps.

G.G.-L.


Kanalreunion.com