Edito

Paul Vergès fait éclater le mépris colonial

J.B. / 31 octobre 2012

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A La Réunion, grâce à la participation décisive du PCR, le candidat François Hollande est sorti vainqueur des primaires citoyennes. Le PCR n’est pas le PS, mais la direction a pensé qu’il fallait se saisir de l’ouverture proposée. C’est une position réunionnaise, responsable, dictée par l’état de décomposition avancée de la cohésion sociale. Lorsque François Hollande s’est déclaré candidat à la Présidence de la République, le PCR lui a apporté son soutien total pour sortir Sarkozy.

A chaque étape, le PCR a exigé des engagements solides et écrits que ses dirigeants ont portés à la connaissance du peuple réunionnais pour que les électrices et les électeurs puissent voter en toute clarté. Cette démarche repose sur le principe du respect mutuel et du respect de la parole donnée. La transparence est fille de la démocratie. En d’autres termes, cela veut dire qu’on ne trompe pas les électeurs.

En voyage à La Réunion, François Hollande a rendu hommage aux dirigeants du PCR pour leur « lucidité » et saluer leur combat. Il eut même cette phrase : « avec mes amis du PCR, j’ai pris des engagements ».

Maintenant qu’il est élu à la Présidence de la République, le PCR lui a fait parvenir une lettre dans laquelle il lui est demandé, en particulier, la tenue d’une Conférence économique, sociale et environnementale, à La Réunion, pour que tous les acteurs puissent exprimer leurs points de vue. En réponse à cette ouverture d’esprit, le directeur de cabinet écrit que le président en a pris acte et la demande sera transmise au gouvernement pour suite à donner.

C’est dans ce contexte que nous apprenons la tenue d’une Conférence (très) réduite et à huis clos dont les objectifs sont déjà affichés : il en sera retenu 7 propositions ! Pourquoi 7 et pourquoi pas une ou 10 ? Qui décide ? Les documents écrits et visuels de nos relations avec le Président sont là pour témoigner devant le peuple et devant l’Histoire que le changement ce n’est pas ça. Le peuple réunionnais a connu le mépris colonial durant 350 ans. Il faut que cela cesse ! Au moment où le Président rend hommage aux Algériens massacrés à Paris, n’est-il pas temps de tourner la page ? Le respect de la parole donnée n’est-il pas à la base de la confiance réciproque et de l’égalité ?

Hélas ! Il semble que ce n’est pas encore le cas. Et, c’est très symboliquement que celui qui s’est mis debout, hier, pour refuser le mépris imposé aux Réunionnais, soit encore Paul Vergès, celui-là même qui fut directeur de "Témoignages" en 1961, et que le pouvoir colonial a condamné pour délit de presse à de la prison ferme et son journal saisi, parce qu’il a dénoncé la tuerie des Algériens. Il a combattu le pouvoir colonial, durant 28 mois, dans la clandestinité. Durant 51 ans, les politiques avec la complicité de certaines presses ont couvert le mensonge. Devra-t-on attendre encore un demi-siècle pour reconnaître que Paul Vergès a raison de se dresser contre tous ceux (et toutes celles) qui veulent maintenir les Réunionnais dans le huis clos perpétuel ?

J.B.


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