Edito

Peut-on danser longtemps sur un volcan ?

Témoignages.re / 26 septembre 2009

Cette semaine, un événement considérable a occupé une pleine page des deux quotidiens "grand public". Sans que, pour autant, aucun de ces deux journaux ne prenne la mesure de ce qu’ils publiaient. L’un des quotidiens a même fait le choix d’illustrer sa UNE, couleur sang, invitant La Réunion à se passionner pour la querelle d’un ancien Premier ministre avec l’actuel chef de l’État. Surréaliste !
Hier, invité de Radio KOI, le Secrétaire général de la FRBTP, M. Bernard Tillon commentait, la pleine page achetée au "Jir "et au "Quotidien" par sa Fédération. Il disait en substance : nous déplorons la perte de 5.025 emplois dans le secteur du BTP, c’est considérable, c’est comme si, en France continentale, on apprenait le licenciement de 500.000 personnes en quelques mois. Il y avait plus que de l’étonnement dans la voix du responsable de la FRBTP.
Inconcevable que, d’une situation aussi dramatique, les deux quotidiens bénéficiaires de ces nouvelles n’en aient pas fait leur UNE pour sensibiliser l’opinion.
Dans une France continentale peuplée de 60 millions d’habitants, des mois durant, l’opinion a été tenue en haleine sur le sort des salariés de l’Usine Molex menacés de licenciement. Et pourtant, ils sont 283, pas 5.000.
La résistance désespérée et les démêlées judiciaires des 1.120 salariés de Continental ont été suivis par une opinion publique bouleversée.
Chez nous, dans notre communauté humaine de 800.000 personnes, 5.000 travailleurs perdent leur emploi, la Fédération réunionnaise du BTP sonne l’alarme… on s’en fout, coco ! Plus de 3.000 travailleurs supplémentaires du BTP sont en grand danger d’être privés de leur emploi d’ici décembre (un bien triste Noël qui s’avance). On s’en tape !
Pourtant, on sait bien qu’à 8.000 emplois directs dans le BTP correspondent 8.000 emplois indirects supplémentaires.
On nous annonce donc qu’à l’échelle de la France, nous allons perdre l’équivalent d’un million six cent mille emplois et ce n’est pas ça qui préoccupe notre presse !
Incompréhensible !
On annonce 800 emplois perdus dans le secteur de l’automobile, et 1.000 au total en décembre. Près de 2.000 assistants d’éducation privés d’emploi en quelques mois. Plus de 1.000 personnes menacées dans leur emploi sans qu’elles soient pour quoi que soit dans la faillite de l’ARAST alors qu’elles font leur travail avec un exemplaire dévouement.
Et pourtant, avez-vous réellement l’impression que tout est fait afin de nous rendre pleinement conscients et mobilisés pour faire face à une telle catastrophe ?
Pour ma part, pas du tout ! Au contraire même.
Alors que la crise détruit autant d’emplois, alors que les entreprises ont un besoin désespérant de chantiers, alors que de très importants chantiers sont financés, rien ne bouge. D’un côté il y a ceux qui, disposant de 250 millions, annoncent 100 chantiers — fantômes — pour la relance, d’autres qui annulent d’importants chantiers, car « tel est leur bon plaisir », d’autres encore qui multiplient les procédures pour empêcher que des chantiers gigantesques ne commencent.
Et dans le même temps, nous assistons à la danse la plus incohérente qui soit : 6 rapports officiels de suite légitiment la puissante protestation sociale en démontrant que les pétroliers, les opérateurs de télécoms, la grande distribution, les banques tondent la laine sur le dos des Réunionnais, mais rien n’y fait : les pétroliers obtiennent de nouvelles augmentations, la grande distribution triche avec le fameux chariot-type, et les banques laissent périr les entreprises.
Combien de temps croit-on pouvoir danser sur un tel volcan ?

Jean Saint-Marc


Kanalreunion.com