Edito

Pourquoi la visite de Poutine en Turquie est-elle un événement politique majeur ?

J.B. / 2 décembre 2014

Ce 1er décembre le Chef du Kremlin était en visite officielle à Ankara, capitale de la Turquie. Dans le contexte politique d’isolement de la Russie par les Américains et leurs amis, c’est une brèche dans la forteresse de l’OTAN qui est le bras armé destiné à garantir la réussite de cette politique. Quel que soit du point de vue d’où on se place, c’est un événement et son résultat apparaît comme une brique supplémentaire dans l’art de construire un nouvel ordre mondial, alternatif au diktat des Etats-Unis.

La Turquie est membre de l’OTAN. Elle a toujours demandé son adhésion à l’Union Européenne. Pourquoi l’Union Européenne refuse ? Pourquoi la France s’était-elle montrée virulente à cette adhésion ? Ce point d’histoire éclaire d’un jour nouveau l’hypocrisie des Occidentaux envers l’Ukraine. Comme toujours, les objectifs sont ailleurs. Les Américains ont usé de toute leur influence pour s’opposer à cet élargissement.

La Turquie soutient la chute du Président Syrien Bachar El Assad. C’est une position politique totalement contraire à la position russe. Sans la Russie, il y a longtemps que la France aurait déjà bombardé la Syrie et assassiné son dirigeant. Hollande était déçu que Obama ait reculé sur ce point. Il avait déjà le doigt sur le bouton. Mais pour une fois, Obama s’était montré à la hauteur de l’Histoire et n’a pas sombré dans l’horreur. Il a suivi la position des Russes.

La Turquie s’est opposée au retour de la Crimée à la Russie. Pourtant, il n’y pas d’historien sérieux pour contester la logique qui a conduit au référendum de séparation de ce territoire d’avec l’Ukraine et à la demande de rattachement à la Russie. Obama et ses amis en Ukraine ont fait une erreur de calcul. Maintenant, ils s’en prennent à Poutine, le présentent comme un ours, dangereux et insatiable. Ils organisent l’asphyxie de son peuple par des sanctions économiques. Il faut être un dictateur féroce, comme un président américain pour sanctionner sans aucun procès. Même un criminel résolu a droit à un procès avant la sanction.

La Turquie organise cette visite de haut niveau, malgré les divergences évidentes avec la Russie, bravant le diktat des Américains, des Européens et de l’OTAN. C’est la preuve qu’il existe une autre façon de diriger le monde. C’est exactement l’état d’esprit de tous ceux qui prônent des relations multilatérales à l’unilatéralisme des Américains. Des états de l’Amérique latine aux pays des BRICS, c’est ce nouvel ordre qui est mouvement, totalement contraire aux intérêts américains.

Ne soyons donc pas étonnés si les médias occidentaux ont zappé l’importance de cette visite où une dizaine d’accords stratégiques ont été signés. Imaginez maintenant les réactions médiatiques et politiques en Russie ? Vous comprendrez pourquoi les Russes accordent une confiance de 78 % à Poutine. Si cette visite n’est pas un événement politique majeur, c’est quoi, alors ? Tant pis pour les retardés de l’Histoire.


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