Edito

Pourquoi les patrons transporteurs ne manifestent-ils pas devant la Région ?

J.B. / 14 mars 2017

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Des patrons transporteurs ont manifesté hier. Ils ont choisi de provoquer un embouteillage dans à l’entrée Est de Saint-Denis par une opération escargot qui s’est conclue devant la préfecture. L’objet du courroux de ces patrons est une grève des travailleurs de la route en mer la semaine dernière. À l’appel de la CFDT, les salariés qui travaillent sur la construction du viaduc ont été contraints de cesser le travail pour faire entendre leurs revendications. Au bout d’une semaine de luttes, elles ont été entendues et la grève s’est conclue hier matin par la signature d’un protocole de fin de conflit.

Le mouvement de patrons de société de transport amène plusieurs remarques. La première est le mode d’action. Tant qu’il n’existera pas de train à La Réunion, des transporteurs pourront se permettre de prendre en otage des dizaines de milliers de personnes en perturbant la circulation sur un axe stratégique.

La seconde est le lieu de la manifestation. En effet, l’État n’est pas responsable de la route en mer. Il est un des financeurs et c’est également l’État qui a donné les dérogations nécessaires au lancement du chantier de la route en mer malgré de graves attaques contre l’environnement.

Le principal responsable du chantier est la Région Réunion. Mais depuis l’arrivée de Didier Robert à la tête de la collectivité, les patrons transporteurs ne viennent plus organiser le blocus de la Région. Les camionneurs auraient pu aussi aller au siège d’Egis, le maître d’oeuvre, avec qui les travailleurs en grève négociaient. Force est de constater que les majors du BTP ont été épargnées par la colère des transporteurs.

La troisième remarque est la situation décrite par les patrons mécontents. Selon eux, l’arrêt du chantier de la route en mer est une catastrophe car ils ne peuvent pas livrer de galets pendant ce temps. Autrement dit, le transport de pierres vers un seul chantier de La Réunion est devenu un pilier de l’activité économique des bénéficiaires des marchés de la route en mer. C’est à ce demander ce qu’il se passera pour eux quand le chantier s’arrêtera faute de matériaux.

Autrement dit, une telle manifestation ressemble davantage à une opération de diversion. Car le responsable des difficultés de ces entreprises est bien la Région qui a choisi d’investir massivement sur un chantier à la réalisation bien hypothétique. Sous la présidence de Paul Vergès, les transporteurs pouvaient bénéficier d’une diversité de projets pour soutenir leur activité : lycées, constructions de nouvelles routes…

En 2010, certains pensaient qu’en se liguant pour faire perdre la présidence de la Région Réunion à Paul Vergès, ils pourraient s’enrichir encore davantage. Aujourd’hui, ils paient les conséquences de cette stratégie.

J.B.


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