Edito

« Prenons en main notre avenir ! »

LB / 13 avril 2010

Il est rare que "Témoignages" consacre un éditorial à un opéra et, d’une manière générale, à l’actualité artistique. Mais comment ne pas souligner l’importance des deux premières représentations de "Chin", ce week-end, au Théâtre de Champ-Fleuri à Saint-Denis et ne pas tirer quelques enseignements de ce spectacle hors du commun ?
À noter tout d’abord que ces deux représentations de la dernière création du Théâtre Vollard ont remporté un joli succès et qu’elles ont été applaudies chaleureusement par le public. Et comment ne pas saluer la qualité et l’ampleur du travail accompli par Emmanuel Genvrin, Jean-Luc Trulès et tous les artistes créateurs de cette œuvre ?

Comme le note Agnès Antoir, « "Chin" est un opéra social (qui) s’ouvre sur une grève et le chœur donne une voix à ces grat’ la terre, descendant des esclaves et engagés, petits blancs paupérisés, qui trouvent leur sauveur en Chin, alias Paul Vergès ». La suite de l’opéra, selon la présidente du Théâtre Vollard, « est l’expression de la complexité des rapports humains et sociaux à La Réunion, la bien nommée, puisque toutes les alliances y sont possibles ».
Dans ces « alliances », on retrouve toutes les richesses de la diversité socio-culturelle du peuple réunionnais. Et l’on mesure, tout au long de ce spectacle, à quel point cette union dans le respect des différences peut déboucher sur des avancées multiples, comme celles qui ont marqué toute notre Histoire.

Certes, "Chin" pose des questions, en particulier sur le sens qu’Emmanuel Genvrin a voulu lui donner en mêlant des affaires sentimentales à un combat social. Mais l’on sait aussi, à travers toutes ses œuvres, que le fondateur du Théâtre Vollard a toujours distingué une création artistique et une étude historique.
Quelles que soient les critiques que l’on peut donc exprimer au sujet de cet opéra, on ne soulignera jamais assez le mérite de ses auteurs d’avoir exalté à ce point une page aussi importante de notre Histoire que fut la bataille de 1955 pour sauver l’usine de Quartier-Français. Une bataille qui reste d’actualité, dans un contexte bien sûr différent, où Chin et ses camarades chantent en chœur : « Soulevons notre peuple, bloquons les routes, les carrefours, organisons des cortèges dans les quartiers, et (…) prenons en main notre avenir ! Notre avenir ! ».

L. B.


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