Edito

Quand une mesure assimilationniste provoque le désordre à tous les niveaux

J.B. / 9 février 2013

Il n’y a plus grand monde pour soutenir que le régime politique d’assimilation législative et d’intégration économique et sociale en vigueur depuis 6 décennies est encore valable. Même les dirigeants départementalistes les plus acharnés trouvent juste que La Réunion soit dotée d’une Assemblée unique capable de régler les contradictions de la période qui s’achève. Il était temps car à Paris, ils sont en train de ridiculiser les Maires Réunionnais.

Les emplois d’avenir font partie des mesures phares du gouvernement de l’alternance. Le succès de ces dispositifs repose sur une analyse de la situation en France qui n’a rien à voir avec celle de La Réunion. Des opérations de communications ont été organisées pour tenter de « vendre » le produit fini. A un an des élections municipales, l’annonce tonitruante et médiatique faite par une Députée que nous aurons 5.000 contrats a crée une panique bien compréhensible dans une société de 162.000 chômeurs, dont 23.000 jeunes de moins de 25 ans. Comme, il n’y en aura pas pour tout le monde, il fallait se dépêcher car il y aura bien un tri qui sera fait par les Maires. L’actualité est éclairante.

Or, les Mairies n’ont pas les moyens de répondre objectivement ni aux attentes du gouvernement, ni aux souhaits des chômeurs. Le budget de fonctionnement des communes est très élevé, alourdi par les dépenses du personnel existant déjà. Les Maires ont encore beaucoup à faire pour régulariser la situation des 2/3 des travailleurs actuels, comment vont-ils s’engager dans des dépenses imposées par le gouvernement depuis Paris ? On voit même un Michel Vergoz incapable d’assurer le service après-vente, obligé de faire appel aux budgets de la Région et du Département pour suppléer aux insuffisances de l’Etat. Il vient de se rendre compte que les Communes ne tiendront pas la distance ! Pourquoi n’est-il pas intervenu auprès de ses amis ?

Il n’y a pas d’équivalent en France. Régulièrement, la Chambre Régionale des Comptes rappelle à l’ordre les élus de La Réunion sur 2 points : le nombre du personnel et le poids de la dépense. C’est pourquoi il faut examiner l’impact d’une embauche en contrat d’avenir, non pas sur 3 ans, mais sur toute la carrière de l’individu, en tant que titulaire et, ce, jusqu’à sa retraite, soit jusqu’à 65 ans.

Sinon, cela veut dire que le gouvernement fait payer par les Réunionnais sa politique de traitement du chômage. Il ne faut mentir ni aux jeunes ni aux contribuables. L’embauche de contrats d’avenir va plomber les budgets qui ne doivent leur survie actuelle qu’à la faveur des 90% des recettes d’Octroi de Mer. Le potentiel fiscal des communes de La Réunion est très faible : il représente 55% de celui d’une commune identique en France et qui n’a pas les problèmes de financement du personnel que nous connaissons. Ici, la pauvreté est telle que 64% des ménages ne payent pas d’impôts sur le revenu. Voilà la réalité.

Si les technocrates du gouvernement sont sourds à ces considérations objectives, il y a lieu d’organiser les élus d’une part, les jeunes d’autres part, sans oublier les contribuables, pour qu’ensemble, ils puissent réclamer un peu de lucidité à Paris et constater que tout est bloqué. Leur dispositif est inapplicable en l’état. Il provoquera beaucoup de frustrations et des désordres car il est d’essence assimilationniste et d’application mécanique.

J.B.


Kanalreunion.com