Edito

Que la gestion des emplois aidés soit écartée des enjeux de pouvoir

J.B. / 31 août 2013

Le dossier de "l’Express" sur la surrémunération ne parle pas seulement des revenus. Il renvoie à une autre spécificité de la fonction publique des anciennes colonies : le rôle d’amortisseur social joué par les collectivités.

C’est ainsi qu’en Guadeloupe, le président de l’Association des maires explique que « pendant des décennies, les maires ont recruté plus que de raison. Il s’agissait pour eux de jouer un rôle d’amortisseur social au moment de la disparition du monde agricole qui poussait beaucoup de monde vers le chômage » . Et de préciser : « il y avait aussi une bonne part de clientélisme dans leur démarche » … toute ressemblance avec La Réunion n’est ni fortuite, ni une coïncidence. Car c’est le même système qui est à l’œuvre.

Quand La Réunion avait 400.000 habitants, la canne à elle seule faisait vivre 100.000 personnes, dont 25.000 planteurs. Aujourd’hui, il reste moins de 4.000 livreurs et deux usines, et près de 30% de chômage alors que ce mot n’existait pas dans la langue créole.

Dans les pays développés, la diminution de la main d’oeuvre dans l’agriculture s’est accompagnée du développement de l’industrie. Les paysans ont alors trouvé du travail dans de nouveaux métiers. Rien de tout cela à La Réunion, car ceux qui avaient le pouvoir de décision ont refusé la voie du développement. Conséquence, ce sont les collectivités ou leurs antennes qui sont devenues les premiers employeurs. La dernière création en date, la plate-forme pilotée par la Région, sera la patronne de plus de 2.000 travailleurs, une multinationale à l’échelle de notre île.

Celui qui peut décider de l’attribution de ces emplois payés par des fonds publics a un outil de domination considérable dans les mains. Or, ces contrats sont normalement faits pour être des tremplins vers des emplois durables. C’est dans cette logique qu’en 2011 à Trois-Bassins, l’association Déclic Solidarité Krénos avait obtenu un soutien financier public pour la création de 15 emplois aidés destinés à lancer une activité génératrice de revenus. Mais 13 contrats sont bloqués, et par voie de presse une élue de Trois-Bassins annonça l’affectation de ces contrats à une autre association.

Pour avoir protesté contre cette injustice, la secrétaire de la section communiste de Trois-Bassins a été poursuivie par le maire. Elle gagne contre lui, mais ce dernier a décidé de faire appel de la décision. L’affaire sera rejugée en septembre.

Cet exemple montre les dérives vers lesquelles le système entraîne le pays. Mais pour les élus sans scrupule, la fête est finie. Le gouvernement serre la vis, les collectivités devront faire des économies et l’explosion menace. Cela a déjà commencé l’année dernière quand des jeunes ont demandé les emplois promis en barrant la route. Qu’en sera-t-il en avril prochain après les élections ?

D’où la nécessité d’agir en urgence pour que la gestion des emplois aidés soit écartée des enjeux de pouvoir. Ils ne doivent servir qu’à une chose, créer des emplois durables, et ce sont les personnes concernées qui doivent gérer.

J.B.


Kanalreunion.com