Edito

Quelle culture du risque à La Réunion ?

J.B. / 6 octobre 2015

En France, après l’émotion vient le temps des questions. Comment expliquer la catastrophe survenue dans la nuit de samedi à dimanche : plus de 15 morts à cause des pluies d’un orage.

Pour Stéphanie Bidault, directrice du Centre européen de prévention du risque d’inondation (CEPRI), le problème vient notamment des mentalités. « Ce qui est sûr, c’est que tout n’a pas été fait, sinon nous n’en serions pas là. Mais le problème est qu’il y a un déficit de culture du risque inondation dans notre pays. Et la politique d’information n’est pas suffisante. Au moment où je vous parle, les assureurs évoquent une facture de 500 millions d’euros de dommages matériels après les intempéries de ce week-end. Or, la politique de prévention en France, c’est 300 millions d’euros par an ! Il faut rendre ce sujet prioritaire. L’inondation, c’est le premier risque naturel en France. Un habitant sur quatre est concerné. Quant au ruissellement pluvial, cela concerne 75 % des communes françaises. » Et de rappeler que « Le ruissellement, ce sont des hauteurs d’eau importantes combinées à une vitesse très importante. Du coup, les véhicules sont emportés. Et cela vient très vite. On a parfois seulement dix-quinze minutes pour réagir. »

À La Réunion, la Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DEAL) estime que 125.000 personnes vivent en zone inondable, et que plus 100.000 « sont exposées à des mouvements de terrain », autrement dit à des phénomènes liés aux effets des fortes pluies. Cela fait 225.000 personnes sur une population de moins de 900.000. Le quart de la population est donc directement menacée par les effets de l’eau dans son habitation.

Mais à la différence de la Côte d’Azur, La Réunion possède des records du monde de pluviométrie. Les dégâts des cyclones sont encore dans la mémoire des anciens. Celui de 1948 avait transformé le centre-ville de Saint-Leu en un lit de rivière. En conséquence, des équipements comme le collège ou la gendarmerie ont été construits à Piton Saint-Leu, dans les hauts. Mais depuis le début du siècle, les constructions se multiplient dans la zone submergée par le cyclone de 1948. Cette ville n’est pas un exemple isolé. Ainsi à Saint-Paul, ce n’est pas pour décorer que les anciennes maisons étaient surélevées. Les anciens tenaient compte du risque d’inondation.

À La Réunion, le problème de la culture du risque est donc là aussi posé. Car ce qui est arrivé samedi dernier sur la Côte d’Azur peut se passer demain à La Réunion.


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