Edito

Quand on dispose de 600 hectares, quelle est notre vision d’avenir ?

J.B. / 24 juin 2015

Témoignages a rapporté, hier, un reportage sur un Indien qui a déjà planté, à lui seul, 550 hectares de forêt. Son histoire prend sa source, en 1979 lors d’une inondation dévastatrice causée par le gonflement des eaux du fleuve Brahmapoutre. Âgé de 16 ans seulement, il voit de nombreux serpents rejetés par les flots et constate leur agonie au soleil. Il est ému jusqu’aux larmes. Sa voie est toute tracée, il décide de planter des arbres pour reconstituer des écosystèmes refuges. Les résultats rapportés dans le reportage sont grandioses. Aujourd’hui, la cinquantaine passée, il refuse les honneurs et continue tranquillement son œuvre. Cet homme a déjà anticipé les conclusions de la Conférence mondiale sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre. Il faut tourner la page, une autre civilisation est nécessaire, débarrassée de l’état d’esprit barbare et profiteur.

Difficile de ne pas faire la comparaison avec l’état d’esprit du ministre mauricien Luchmeenaraidoo quand il est venu a La Réunion proposer aux Réunionnais d’exploiter en commun 600 hectares à Madagascar. Il est vrai qu’il s’est permis de le faire avec des gens qui lui ont prêté une oreille attentive. Quand on connaît l’échec des Mauriciens qui devaient valoriser 100 000 hectares au Mozambique, les Réunionnais chassés de la Sakay, et surtout la plaie toujours grande ouverte par le massacre de 100 000 Malgaches en 1947 par l’armée française, comment peut-on se gargariser de vouloir exploiter 600 hectares du sol Malgache ?

Quand on dispose de 600 hectares, le ministre Mauricien pense profit et enrichissement, là où l’Indien pense à la civilisation « d’après », c’est-à-dire l’esprit de « la maison commune " repris par le Pape dans son encyclique. À notre échelle, il y a eu la réalisation d’une ville verte dans une plaine de galet et dans la région la plus chaude de notre ile, sous l’autorité de Paul Vergès. A lui seul, il est a l’origine de plantation de plus d’un million d’arbres. Un demi million au Port et 600 000 le long de la route des Tamarins. Il dirige l’ONERC, une institution pour approfondir les connaissances sur le monde « d’après », et les faire partager.

Nous avons en commun l’histoire de la disparition définitive du Dodo parce que des hommes et des femmes bravant 3 mois de bateaux disposaient de magnifiques terres vierges à “développer”. Cela devrait nous émouvoir aussi fortement que ce jeune Indien devant la mort de quelques serpents. Surtout que les études annoncent que nous entrons dans la 6e extinction de masse ; cette fois, l’Homme risque de faire partie du lot.

Quand on a toutes ces connaissances et que l’on dispose d’une parcelle de pouvoir politique, on choisit quel chemin ? On reproduit le monde actuel, chez soi et chez le voisin ou bien on change radicalement de cap, on prépare le monde « d’après » ? C’est une question de vision d’avenir.


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