Edito

Quelle liberté d’expression ?

Témoignages.re / 25 février 2010

Un débat sur la liberté d’expression a été ouvert à la suite de la manifestation organisée lundi soir contre Antenne Réunion par Éric Magamootoo et d’autres candidats aux élections régionales.
Il est pour le moins symptomatique que ce débat surgit en pleine campagne électorale. Ce qui pourrait laisser entendre que les autres jours de l’année, la liberté d’expression existe dans la société réunionnaise.

Or, quand Paul Vergès a-t-il été invité à expliquer l’autonomie énergétique et l’autosuffisance alimentaire ? 100.000 chauffe-eau solaires équipant nos maisons : a-t-on débattu de cette victoire qui, elle, n’est pas électoraliste ?
Qui a protesté quand Paul Vergès n’a jamais eu la parole pour expliquer sa loi votée à l’unanimité au sénat à propos des changements climatiques ? Qui s’est offusqué quand l’ostracisme s’abat sur les travaux du président de l’ONERC ? Les Réunionnais ne sont-ils pas intéressés par la nomination de Paul Vergès comme coordonnateur du Grenelle de l’adaptation pour toute la République ? Comment La Réunion va-t-elle participer à ce travail pour préparer au mieux son avenir ? Ce débat n’intéresse-t-il pas les acteurs économiques et le président de la CCIR ? Paul Vergès a-t-il été sollicité quand le maloya a été reconnu par l’UNESCO comme patrimoine de l’humanité, alors qu’en tant que président de la Région et responsable du PCR il a tant œuvré pour sortir le maloya du fénoir ?

On pourrait citer plein d’autres exemples de ce genre. Mais quand on connaît en plus comment Paul Vergès a été l’objet de discriminations éhontées dans le passé, il faut être vraiment prétentieux pour accuser cette personne d’entrave à la liberté d’expression. Cependant, il faut dire que Paul Vergès n’a pas eu beaucoup de mal à démontrer la manipulation montée par M. Magamootoo ainsi que le mensonge contenu dans sa lettre au CSA (voir "Témoignages" d’hier).

Si la préoccupation principale du monde politique et médiatique était réellement de transformer la société dans l’intérêt des Réunionnais et notamment des plus pauvres, ces derniers ne devraient-ils pas avoir davantage le droit à la parole sur les moyens d’information ? Quelle place M. Magamootoo et ses amis accordent-ils chaque jour aux souffrances des victimes du système social dominant et aux luttes de ces personnes pour le changement ?
Tous les jours, du matin au soir, on en fait le constat : le droit à l’information des Réunionnais dans ce domaine n’est pas respecté. Or, que fait M. Magamootoo pour se battre aux côtés des démocrates pour faire respecter ce droit essentiel ? Pourquoi les médias ne font-ils pas le bilan du président de la CCCIR ? En pleine crise économique, que pense-t-il ?

Une autre illustration de ce problème nous est donnée lorsqu’on se pose la question suivante : quel est le responsable politique et le parti les plus attaqués quotidiennement sur les médias dominants et quels sont leurs droits de répondre à ces attaques ? Est-ce que Paul Vergès a déjà eu le droit de répondre par exemple aux mensonges lancés contre la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise et contre tous les autres projets de l’Alliance au service des Réunionnais ?
L’absence des débats montrent à quel point la lutte pour la liberté d’expression du peuple réunionnais reste plus que jamais un combat essentiel.

L. B.


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