Edito

Question de survie dans les petits pays

Céline Tabou / 28 mars 2014

En février, l’Agence France Presse (AFP) avait rencontré Angeline Heine, responsable de la planification énergétique au ministère des Ressources et du Développement des Îles Marshall, et le Dr Nii Darko Asante, directeur au Ghana de la promotion des énergies renouvelables.

Ces deux personnalités avaient évoqué le nombre de vie en jeu, car leurs régions émettent le moins de gaz à effet de serre (GES) mais subissent de plein fouet le réchauffement climatique. « Pour nous, aux Iles Marshall, le climat est une question de survie », a martelé Angeline Heine, lors d’un séminaire de l’Agence internationale des énergies renouvelables (Irena), organisation intergouvernementale regroupant près de 120 pays.

Parvenir à se faire entendre

Lors d’une conférence, organisée par la CINOR en décembre 2014, sur « Le Changement Climatique et les Perspectives d’une Approche Territoriale », le sénateur Paul Vergès avait appelé les représentants des Outremers à peser sur le gouvernement, afin que les territoire insulaires soient l’un des axes centraux du débat de la Conférence sur le Climat à Paris en 2015.

A l’instar de cette demande faite par le sénateur communiste, Angeline Heine a déploré les difficultés des petites territoires à se faire entendre lors de conférence mondiales : « c’est plus que dur », d’autant que les Îles Marshall, se situent en région pacifique (Micronésie, Mélanésie et Polynésie) et ont différentes souverainetés : France, Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande.

En septembre 2013, les pays-archipels du Pacifique sud s’étaient réunis à Majuro, capitale des Marshall, pour tenter d’obtenir des grands pays polluants des engagements clairs destinés à limiter leurs émissions. Car le réchauffement climatique représente une menace directe pour les archipels des Tuvalu, des Kiribati et des Marshall, qui sont pour certains à moins d’un mètre au-dessus de l’eau.

Un lutte commune

Face à ces grandes puissantes, « nous essayons d’avoir une politique régionale pour dire que nous avons des problèmes en commun, car c’est une question de survie pour beaucoup d’entre nous, notamment pour mon pays », a expliqué Angeline Heine. Cette dernière n’a pas mâché ses mots, parlant de « colonialisme » et des « responsabilités de l’Occident dans les dérèglements climatiques ».

Cette a évoqué la saison des inondations, où « un de mes collègues m’a dit : on n’est pas à 60 cm au-dessus de la mer on est nez à nez avec elle ! ». Critique face à la situation et aux négociations, cette dernière reste optimiste, car « on vit avec ça tous les jours. Alors quand nous allons à ces tribunes mondiales on leur dit : vous savez, même si nous sommes ceux qui émettons le moins, au moins on essaye de faire quelque chose, on ne reste pas assis à attendre ».

Même opinion pour le Docteur Nii Darko Asante, pour qui « l’Occident et les autres grands pollueurs comme la Chine n’écoutent pas les petits pays en développement ». « Je ne pense pas que le monde développé écoute autant qu’il le devrait », a-t-il ajouté. Raison pour laquelle, « la plupart de nos délégués en reviennent généralement déçus » des conférences internationales. Déçus par le manque d’engagement, des négociations mettant en avant les intérêts des nations et non de la planète mais aussi par l’absence de responsabilité des gros pollueurs.

Tout aussi optimiste, le Docteur Nii Darko Asante a expliqué qu’« en tout cas le temps presse, on va en manquer, et nous espérons qu’enfin des décisions courageuses seront prises ». Après la publication de la synthèse du GIEG à Yokohama, le 31 mars, une réunion sera organisée à Berlin en avril, et le prochain grand rendez-vous climatique mondial se tiendra à Paris en 2015.

 Céline Tabou  


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