Edito

Reprenons la marche vers l’autonomie énergétique

J.B. / 19 juillet 2012

Le Sénat a présenté hier un rapport intitulé "Assumer les coûts et préparer la transition énergétique". De ce document, il ressort une première donnée : si rien ne change, le montant moyen de la facture d’électricité sera augmenté de 50% au cours des 8 prochaines années. Cette hausse est supérieure à celle des revenus observée au cours de ces dernières années. Ce qui veut dire que la part de l’électricité dans les dépenses des familles est vouée à augmenter. À La Réunion, l’électricité est vendue au même prix qu’en France, nous sommes donc concernés par cette prévision.

La France a développé une politique du tout électrique appuyée sur l’utilisation de plus de 50 réacteurs nucléaires. Ce choix du tout-nucléaire était mis en avant pour faire prospérer dans l’opinion l’idée selon laquelle le coût de l’énergie est moins cher en France qu’ailleurs. Si les sénateurs estiment que le prix du kilowattheure est effectivement un des plus bas, le montant des factures est par contre le plus élevé d’Europe. La faute au tout-électrique et au concept d’énergie pas chère qui favorisent les gaspillages.
Mais maintenant arrive le moment de payer l’addition.
Plusieurs facteurs expliquent la hausse annoncée par les sénateurs.

Tout d’abord le prix très élevé du démantèlement des centrales nucléaires arrivant en fin de vie. Car il ne suffit pas d’arrêter le réacteur, il faut surtout enlever toute la pollution radioactive, un danger mortel pour l’être humain et son environnement. La seconde raison est liée à la mise en service d’une nouvelle génération de réacteurs nucléaires. Comme dans toute nouvelle série, des surcoûts vont entrer en ligne de compte, le temps de rendre toutes ces technologies 100% opérationnelles.
La troisième, c’est le retard pris par la France dans le développement des énergies renouvelables. Car plus les années passent, plus cela coûtera cher de s’équiper massivement pour tenir les engagements en matière de développement durable.

Le rapport note également que d’ores et déjà l’éolien est une énergie compétitive par rapport aux autres. Est-ce à dire que dans quelques années, le kilowattheure produit à partir du vent, du soleil, de la mer et de l’eau sera moins cher que celui fait à partir d’une source dangereuse pour l’environnement ? C’est bien là que se situe la clé.
Car en 1999, La Réunion par la voix de son président de Région Paul Vergès avait lancé le mot d’ordre d’autonomie énergétique pour 2025. Tous les travaux entrepris jusqu’en 2010 laissaient entrevoir la possibilité d’atteindre cet objectif. Et d’ici là, avec les progrès techniques, il était aussi possible de croire qu’avec les énergies renouvelables, nous serions capables de produire moins cher qu’avec les énergies fossiles ou fissiles.
Mais pour une coalition allant des indépendantistes à l’UMP en passant par le PS, il ne fallait pas que ce projet réunionnais réussisse. C’est ainsi que la casse des énergies renouvelables à La Réunion par l’UMP ne suscitait guère de réaction de la part de certains élus se disant "de gauche". Ce refus de responsabilité a donc au moins une conséquence : nous sommes condamnés à subir les effets de la politique énergétique d’un pays situé à 10.000 kilomètres d’ici. Souhaitons qu’il ne soit pas trop tard pour changer et reprendre la marche vers l’autonomie énergétique.

J.B.


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