Edito

Requins d’eau douce

Geoffroy Géraud-Legros / 15 janvier 2011

Décidément, tous les moyens semblent être bons pour faire campagne : à l’approche des cantonales, voilà que Didier Robert décide subitement de lancer un « musée des eaux douces » à Étang-Salé. Que l’on ne compte pas sur nous pour qualifier la future bâtisse de « mausolée », de « verrue », de « foutoir », de « bunker », ni pour prétendre que l’on distingue les initiales « D.R. » dans les bassins qui apparaissent sur la maquette présentée hier par le président de la Région. Non seulement parce que nous aurions honte d’écrire pareilles foutaises, mais surtout parce que nous ne sommes pas, contrairement à certains, de sombres brutes ennemies des arts et de la culture. Bâtir un musée est, par définition, une belle idée. Il est donc d’autant plus dommage de la voir utilisée à des fins bassement politiciennes.

Et c’est bien ce que fait Didier Robert, en prenant un prétexte pour faire mousser son ami Lacouture, maire, conseiller général sortant de l’Étang-Salé et grand coupeur de têtes en Conseil municipal, qui pourrait bien connaître quelques difficultés lors des cantonales de mars prochain. La fonction politique de ce soudain élan muséal est confirmée par la présence aux côtés de Didier Robert d’Éric Férrère, conseiller municipal UMP des Avirons, qui affrontera Michel Dennemont lors dudit scrutin.
Inconnu des foules, M. Férrère a entrepris de se faire connaître en répandant dans les médias une invraisemblable affaire de lettre non reçue par la mairie qu’il convoite, qui invaliderait le Plan local d’urbanisme voté par la majorité… Ce plan com’ grodwa se fait aux dépens de la construction de logements sociaux aux Avirons. Une posture qui rapproche d’ailleurs Éric Ferrère de Didier Robert qui, du temps qu’il était maire du Tampon, refusait net de construire le quota de logements sociaux exigé par la loi, préférant mettre ses administrés à l’amende. Qu’est donc venu faire M. Ferrère dans cette galère en eau douce, sinon assurer sa promotion politique ?

Ça magouille — ou ça grenouille — tout aussi sec bien plus au Nord, du côté de Sainte-Marie. Hier, le conseiller permanent de l’UMP Jean Simonetti adressait un ultimatum au maire-conseillergénéral-conseiller régional-premier vice-président de Région-président de la CINOR, Jean-Louis Lagourgue. « Présente-toi », lui a-t-il dit en substance, « ou présente Yves Ferrière, ton adjoint »« sinon, on le présentera à ta place ». Jean-Louis Lagourgue, qui arrose ledit Ferrière de plus de 4.000 euros par mois pour qu’il calme ses velléités de pouvoir, doit l’avoir un peu mauvaise. D’autant plus que la patte de Didier Robert est visible dans cette affaire, où l’élu archi-cumulard de Sainte-Marie se retrouve coincé, obligé sous peu de lâcher un des ses mandats. « Les requins se mangent entre eux, tant mieux pour la gauche », écrivait hier un internaute au fil d’un forum. Certes. Mais ils donnent un tel spectacle de l’activité politique qu’au bout du compte, c’est La Réunion qui y perd.

G.G.-L.


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