Edito

Rest’ là maloya

Geoffroy Géraud-Legros / 2 octobre 2010

Il y a un an, à l’issue d’un travail mené par l’équipe de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR), du PRMA (Pôle régional des musiques actuelles), le maloya entrait au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Quel envol ! Aux journalistes de "Témoignages", les anciens maloyèrs rappellent aujourd’hui les vexations que leur infligeait le pouvoir : instruments saisis, kabars interdits, rendez-vous secrets pour fé roulé. En 1984, nous raconte un militant communiste, Mme de Châteauvieux faisait encore appel aux gendarmes pour interdire les maloya sur sa commune.

Au cœur des combats populaires, disent-ils, le maloya a appris à survivre. La guerre que lui ont fait les préfets poursuivait le même but que la déportation — via le BUMIDOM — de milliers et de milliers de Réunionnais envoyés en France, et que le harcèlement institutionnalisé contre leur langue (« il faut tuer le Créole ») : extirper jusqu’aux racines de la contestation, en arrachant celles du peuple qui la portait.

Longtemps avant l’UNESCO, c’est dans le bouillonnement des luttes de libération que le maloya gagnait ses premières distinctions. On en trouve la trace dans le témoignage, vieux de 40 ans, du frère de Firmin Viry, notre plus grand passeur du maloya, recueilli par l’hebdomadaire "Témoignages Chrétien de La Réunion" : « Firmin, li mèm la komans devenir sélèb’ lorsk li la gainy in pri maloya pou sélébré lo mèr Piot lontan » .
Hippolyte Piot : le maire et conseiller général de Saint-Louis, en 1945. Un élu kaf, évincé par la fraude et le racisme le plus ignoble. Et c’est bien dans la révolte sociale et politique que le maloya est reparti vers la lumière, rappelait encore l’interviewé : « Zordi la politik lé byin repri par nou. Dépui le kamarad Paul la sort’ la klandestinité é ke la u lél lézislativ et le baizman sam’ Débré, su la plass Sinlwi. Lo mouvman politik lébon pou nou. Bokou do mounn i ékout anou ».

Voilà qu’aujourd’hui, on voudrait nous faire croire que l’étendard du maloya ne serait pas rouge comme le sang et le courage, mais bleu layette et rose bonbon, à l’image des consensus les plus mous...
C’est là en tout cas à cette image de notre maloya qu’adhère une ex-maloyeuse fort peu clandestine, Jacqueline Farreyrol, devenue il y a peu Mme tourisme de La Réunion, après avoir été suppléante du député UMP Didier Robert.

La structure qu’elle dirige — l’IRT— fait la fête de par le monde, et régalait récemment encore à Paris. Elle y était hier pour le salon mondial de l’automobile. Quel rapport avec La Réunion ? Peut-être les gro loto qu’affectionnent les non moins gros zozos amis de l’UMP réunionnaise. Du côté de la culture, M. Sita, grand amateur de maloya, montre à quel point il est esthète en clamant qu’il faut « cesser de se plaindre »… Fort peu à plaindre lui-même, il s’en va "bat’carré" de Montélimar (France) à Adélaïde (Australie). Des voyages certainement plus coûteux que les deux podiums concédés hier par la Région pour célébrer le maloya, zarlor tout domoune si la tèr.

G.G.-L.


Kanalreunion.com