Edito

Revoir le contenu de l’Éducation pour prévenir les violences contre les femmes !

J.B. / 26 novembre 2012

À l’heure où une jeune Réunionnaise de 19 ans monte sur la plus haute marche du Karaté mondial, d’autres marchent pour dénoncer les violences contre les femmes. Notre société est capable de cette prouesse : féconder la beauté et l’horreur.

En effet, la victoire de Lucie Ignace a tenu le haut du pavé médiatique durant tout le week-end. Et, ce n’est pas fini ! À l’affiche, elle était exubérante de bonheur et de simplicité. Son sourire illuminait les pages et les écrans. Ses proches et son encadrement ne tarissaient pas d’éloge sur leur protégée ; son entraîneur s’est même laissé aller à dire qu’elle était plus que tout : « un diamant » ! Ce qui n’était qu’une rencontre sportive s’est muée en description d’un art de vivre. Et, pour couronner le tout, elle n’a pas pleuré ! Elle a brisé l’imagerie tellement convenue et maintes fois reproduite qu’on accole facilement à une jeune fille. Pourvu qu’elle garde ce sourire, dans la victoire comme dans la défaite ! La Réunion a tellement besoin de référent esthétique.

Cet événement envoie en échos l’hommage appuyé qui était rendu à Laurence Vergès, une femme exceptionnelle reconnue par sa simplicité et sa grandeur d’âme. Les mots manquaient pour décrire la femme, la mère, l’épouse, la militante, l’expatriée, la journaliste... Ce moment que nous aurons tous à connaître a révélé, dans son cas, un art de vivre qui n’a pas fini de surprendre. Durant 65 ans, en terre réunionnaise, elle a affronté des épreuves que peu de personnes peuvent imaginer l’acuité. D’où a-t-elle puisé une telle force de caractère qu’intérieurement, nous finissons par envier ? Pas de doute, c’est une référence esthétique.

Somme toute, l’éducation à la vie devrait se fonder sur le développement de la connaissance esthétique. Née d’un régime violent, la société réunionnaise ne peut pas se satisfaire d’une formation qui consiste à fournir une main-d’oeuvre qualifiée au capitalisme débridé. Les violences et les horreurs qui s’étalent à longueur de pages sont inacceptables. Les tensions et les violences que nous connaissons sont liées à des niveaux d’intéressement multiple qui détruisent les rapports humains équilibrés, ainsi que la beauté intérieure qui exalte la fierté, la dignité et la solidarité.

La société réunionnaise est capable de féconder le meilleur et le pire. Pour éviter le pire, il est temps de revoir le contenu de l’éducation.

J.B.


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