Edito

Rien de nouveau sous le soleil

Geoffroy Géraud-Legros / 17 juillet 2012

Garden party or not garden party ? C’est le dilemme qui a partagé nos élites, prises entre l’attachement à un rituel bien établi, et le changement d’époque qui voit l’Elysée renoncer pour de bon à la fameuse réception du 14 Juillet. La bonne société a finalement goûté une fois encore à l’hospitalité préfectorale.

Laissons à d’autres la polémique facile sur le prix des petits fours, et venons-en à l’essentiel : la présence, à cette réception, au défilé militaire du matin, et trois jours durant, du tout nouveau ministre de l’Outre-mer, M. Victorin Lurel. Choisir La Réunion pour son premier déplacement officiel n’était pas anodin : guadeloupéen, il a voulu par là indiquer une rupture avec sa compatriote Marie-Luce Penchard, qui avait affiché la préférence pour "son" île. Au registre des habitudes, en revanche, rien de changé dans la communication ministérielle quant au contenu et à l’étendue des futures mesures de "changement".

Une réserve que M. Lurel a justifiée par l’agenda institutionnel, déclarant à Saint-Paul, sur un ton légèrement protecteur, que la « sanctuarisation de la LBU » n’est « pas si simple, ma chère ». Référence évidente aux arbitrages qui doivent intervenir dans les jours qui viennent. Sur le sujet de l’embauche prioritaire, le propos fut ­— logiquement là aussi — celui d’un ministre de l’Outre-mer, qui, agissant en politique, répond par des propos généralistes. Que M. Lurel ne fasse pas de grandes annonces, c’était dans l’ordre des choses. D’abord parce qu’on n’a jamais rien sans rien… Et puis parce que dans une République, un membre du Gouvernement responsable devant le Parlement ne débarque pas avec sa liste de mesures à appliquer sur-le-champ, sans concertation ni travail préalable.

C’était donc, évidemment, à la société, et surtout aux parlementaires — singulièrement à ceux de la majorité — d’interpeller, de cadrer, de faire entendre des suggestions et des solutions en application du programme présidentiel. Tout cela, bien sûr, dans un cadre républicain, et non entre deux coupes de champagne, ou dans le creux de l’oreille.

Côté société civile, les interpellations ont eu lieu. Du côté parlementaire, on attendait des élus réunionnais qu’ils soient un minimum décolonisé dans leur tête, et pas bouche bée devant le Grand Monsieur venu de Paris, attendant ses bienfaits. Or, la cohorte des députés PS et assimilés de La Réunion s’est bien livrée aux mondanités, politesses, banquets… mais en terme de travail visible pour La Réunion, et d’échanges responsables avec l’exécutif, rien de nouveau sous le soleil. A la population, désormais, de se mobiliser pour leur faire entendre que le changement, souvenez-vous, c’est maintenant…

Geoffroy Géraud Legros


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