Edito

Route en mer : cessez le gaspillage !

J.B. / 25 août 2016

Mardi, la CGTR-BTP annonçait la suspension du chantier de la digue de la route en mer faute de matériaux. Cela signifie que le projet de Didier Robert subit un coup d’arrêt. Tout au long de la journée de mardi, la Région Réunion est restée silencieuse. Hier, Stéphane Fouassin, vice-président de la Région, était invité de la Matinale de Réunion Première. Il a confirmé l’information. Pour sa part, la GTOI a abondé dans ce sens en prévenant que les travailleurs concernés ne seront pas licenciés mais redéployés.

Cette nouvelle confirme donc un scandale : le chantier de la route en mer a été lancé sans que les matériaux nécessaires à son achèvement ne soient garantis. Par conséquent, il devra s’arrêter et personne ne peut aujourd’hui dire quand il sera achevé, si jamais il l’est. Comment l’État, l’Union européenne et la Caisse des dépôts et consignations notamment ont-elles pu s’engager à financer une telle initiative ?

Le problème était pourtant connu depuis le départ. Rappelons qu’à l’origine, le Protocole de Matignon signé en 2007 par Paul Vergès et Dominique de Villepin prévoyait le financement de deux chantiers : un tram-train et une nouvelle route du littoral. Les deux infrastructures devaient emprunter des tracés différents. L’État avait fait le choix d’une nouvelle route du littoral. Une grande partie des matériaux devaient provenir des roches extraites de la montagne voisines du fait du percement d’un tunnel pour le tram-train. Mais quand en 2010, Didier Robert décide de remplacer les deux projets par un seul, il a foncé vers l’échec. D’autant plus qu’au lieu d’une nouvelle route du littoral, il a choisi d’imposer une route en mer à 6 voies. De plus, pour satisfaire les intérêts de transporteurs, le projet prévoit des digues plutôt qu’un viaduc sur une grande partie des 12 kilomètres de route maritime. Les besoins en matériaux ont donc explosé, tandis que l’arrêt du chantier du tram-train fermait la porte à une ressource.

Depuis le départ, le Parti communiste réunionnais et l’Alliance ont demandé que le projet de la route en mer soit expertisé au même titre que les chantiers de même importance en France. Alors que le tram-train était bien moins onéreux, il avait bénéficié d’une telle mesure. Pour le moment, le gouvernement et la Région Réunion ont toujours refusé une telle expertise. Cette démarche aurait pourtant sans doute permis d’éviter d’arriver à la situation actuelle, car elle aurait conclu à l’impossibilité du projet de la route Didier Robert. Cela aurait évité que des centaines de millions d’euros soient gaspillés.

De plus, il s’avère que le chantier fournit actuellement du travail à moins de 800 personnes, alors qu’il tourne à plein régime. Où sont les milliers d’emplois promis par Didier Robert quand il a annoncé sa volonté de détourner les crédits obtenus pour la construction d’un train vers la réalisation d’une route en mer ?

Il est donc grand temps que cesse ce scandale. Les crédits qu’avait obtenu Paul Vergès pour le financement du tram-train et de la route du littoral doivent servir dans la réalisation de projets utiles et créateurs d’emploi. La Réunion a besoin d’un chemin de fer, d’une route de moyenne altitude et d’une relance de l’autonomie énergétique, pas d’une route en mer qui ne sera jamais achevée.

J.B.


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