Edito

Sommet européen : une victoire en trompe-l’œil

Geoffroy Géraud-Legros / 2 juillet 2012

A quand le prochain Sommet « de la dernière chance » ? C’est, en forçant à peine le trait, la question que l’on pourrait se poser à l’issue du Sommet européen qui s’est déroulé dans la nuit de jeudi à vendredi dernier. L’ambiance, nous dit-on, y était fébrile et les intrigues dignes de ces tragédies grecques — cela tombe bien — dans lesquelles chaque personnage porte une parcelle de la destinée collective. La palme dans ce registre revient au prestigieux journal "Le Monde", pour qui le dramatique Sommet vit la conscience de la gravité descendre sur les représentants européens, « Mario Monti et Mariano Rajoy parvenus à bouleverser l’agenda des chefs d’État et de gouvernement réunis à Bruxelles pour tenter de mieux protéger l’Italie et l’Espagne des attaques des marchés ».

S’en est suivi, écrit notre confrère, « un accord au forceps », dont le contenu inspire depuis aux faiseurs d’opinion des louanges envers les participants au Sommet en général, et François Hollande en particulier. Qu’a donc fait le Président français pour mériter tant de lauriers ? Il aurait, nous dit-on de part et d’autre, imposé la « croissance » au sein d’un agenda dominé par la « rigueur ». Deux termes qui, paraît-il depuis quelques mois, opposeraient clairement deux conceptions, respectivement incarnées par la France et l’Allemagne. Et il est vrai que l’opposition paraît tranchée, entre la rigidité d’une Angela Merkel, facilement portraiturée en doctrinaire de la rigueur, et les discours du chef de l’État français, qui traduiraient un regain de la relance par la croissance. M. Hollande, qui a pris fait et cause pour les chefs de gouvernement italien et espagnol (eux-mêmes élus sur des mots d’ordre d’austérité orthodoxes), a-t-il réellement imprimé un cours nouveau au traitement de la crise ? L’examen des mesures issues du Sommet de ce week-end ne permet pas pareille affirmation.

Certes, Espagnols et Italiens, guettés par les marchés, sauvent pour l’instant leur peau — c’est-à-dire, celle de leur système bancaire. Il a ainsi été acté que la recapitalisation des banques espagnoles via le Fonds européen de stabilité financière ne comptera pas comme dette de l’État espagnol. S’agissant de l’Italie, le Fonds limitera la spéculation, en achetant ses emprunts d’État sur le marché secondaire. Le « Pacte » porté par la France est adopté, et l’on annonce la mobilisation de 120 milliards d’euros — soit 1% du PIB européen — en faveur de la fameuse « croissance ».
Mais plusieurs considérations appellent à nuancer les louanges aux représentants de la France. D’abord, parce que, tous comptes faits, seuls 40 milliards seront réellement dégagés, sur plusieurs années, dans le cadre d’un « plan » qui, à l’examen, apparaît plutôt issu d’une série de bricolages que d’une véritable feuille de route pour la relance. Ainsi, ce sont pour l’essentiel des fonds inutilisés bien que programmés (55 milliards) qui seront mis à contribution. Mais surtout, cette apparente victoire escamote pas mal de renoncements du côté français. L’engagement contracté pendant la campagne, de renégocier le Traité dit « Merkozy », disparaît au profit d’un codicille de « croissance » bien faible par rapport au volet rigueur qui s’annonce. Disparus, aussi, les eurobonds et la promesse d’un contrôle sur la BCE, pourtant indispensable à toute véritable politique de croissance. Difficile, en définitive, de voir dans ce 18ème Sommet « de la dernière chance » un exercice fondamentalement différent de ceux qui l’ont précédé…

Geoffroy Géraud Legros


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