Edito

Tremble pas avant commencé !

J.B. / 11 avril 2013

Au lendemain de la crise des emplois aidés qui a conduit à la grève de la rentrée scolaire 2012 par la majorité des maires, le professeur d’économie, Jean Yves Rochoux, avait prédit une prochaine explosion sociale. Il avait déclaré au "Quotidien" du 19 août : «  Si on associe le recul des contrats aidés et la progression du chômage avec une reprise de l’augmentation du coût de la vie, la situation sociale risque d’être explosive en fin d’année » . Très pessimiste, il ajoutait : « créer 5.000 emplois par an, au minimum, je ne vois pas comment y parvenir... » Bien évidemment, il parlait pour lui.

À la suite de ses remarques, nous avions consacré un édito appelant à une Conférence dans les termes suivants : «  L’ampleur de la tâche devrait nous inciter tous à la modestie. Le Professeur Rochoux est clair quand il dit : « créer 5.000 emplois par an, au minimum, je ne vois pas comment y parvenir... ». Puissent ces propos contribuer à calmer l’ardeur démagogique d’élu(e)s Réunionnais et la surenchère des corporations pour laisser la place à l’esprit de responsabilité » .

Quelle n’est pas notre surprise de lire dans le "JIR" du 8 avril ses dénégations sur la proposition du PCR de création d’un fonds d’épargne réunionnais. Sur la partie concernant l’appel à la sur-rémunération des fonctionnaires, on peut lire : « si l’État envisageait de ponctionner la sur-rémunération, ce serait avant tout pour récupérer de l’argent pour ses propres budgets » . L’universitaire gagnerait à être plus démonstratif ! Le décor est ainsi planté pour qualifier la mise en place de la proposition du PCR « d’usine à gaz » , voire de démodée. La fin de l’article révèle le fond de sa pensée : « nous sommes en position d’attente » de la banque publique d’investissement qui devra drainer « encore des capitaux extérieurs pour soutenir les entreprises » . Le refrain est archi connu.

À la différence de l’universitaire, sur-rémunéré comme beaucoup de nos cadres, le PCR assume ses responsabilités politiques. La situation catastrophique communément constatée ne lui permet pas d’ « attendre » , encore moins de tomber les bras devant les 5.000 emplois par an, à créer, au minimum. Il y a bien plus à faire que de professer le statu quo qui nous a conduits à l’impasse, ou bien propager le défaitisme avant même de commencer. Le risque d’explosion sociale est permanent, peut éclater n’importe où, en n’importe quelle circonstance.

Tirons la leçon : la répression démesurée de l’année dernière n’a pas empêché l’embrasement de cette année. Les élections municipales se passeront dans ce contexte brûlant. La présidentielle et les législatives sont encore toutes fraîches dans les mémoires. Et, on apprend que le budget des outre-mer sera en baisse.

Enfin, l’honnêteté devant fonder le débat, espérons que le professeur d’université va corriger de lui-même l’assertion selon laquelle la proposition du PCR va conduire à : « moins de pouvoir d’achat chez près de 40% de ménages... » .

À la conférence célébrant le 67e anniversaire de la loi du 19 mars 46, la principale conclusion est la continuité historique par le dépassement des contradictions engendrées par les aléas de l’intégration à la France, puis à l’Europe. L’innovation en la matière est, précisément, la recherche de conditions de nouvelles intégrations assurant la sauvegarde du pouvoir d’achat, sachant que, désormais, c’est la crise en Europe et en France qui rogne les capacités d’achat des ménages et change la donne. Durablement.

Ary Yee Chong Tchi Kan


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