Edito

Triste distance

Geoffroy Géraud-Legros / 19 février 2011

Triste. C’est le premier terme qui vient à l’esprit à la lecture du second encadré qui conclut l’article consacré hier par le “JIR” au passage du cyclone Bingiza sur l’île de Madagascar. Le journaliste auteur du papier principal — mais est-ce bien lui ? L’encadré n’est pas signé — commente le communiqué envoyé hier à la présidence de la Région par le groupe Alliance, rappelant à Didier Robert la traditionnelle solidarité de l’institution envers la Grande île.

Solidarité « partisane », ricane le “JIR”, qui sous-entend que ce geste ne poursuit que des fins bassement politiciennes. Triste, on vous dit, parce qu’il ne semble même pas venir à l’esprit de notre confrère que la compassion et l’aide envers Madagascar puissent être un geste naturel pour des Réunionnais engagés dans l’action politique. Pourtant, le corps de l’article lui-même fait état du sinistre bilan du déferlement de Bingiza : la tempête a laissé près de 7.000 personnes sans abris, a tué au moins 6 personnes et causé de considérables dégâts dans un pays qui — faut-il le rappeler ? — compte parmi les plus pauvres de la planète.
L’idée même que La Réunion puisse avoir, ne serait-ce que dans le domaine humanitaire, un comportement international semble tristement distante au “Journal de l’île”. Pourtant, notre île est intimement liée à Madagascar, par son histoire, sa culture, ses rites. Les noms de lieux, Cilaos, Salazie, Manapany, Mafate, Dimitile, et tant d’autres rappellent à la mémoire la présence malgache, aussi vieille que le peuplement de l’île.
Ces liens iront inévitablement se renforçant, avec l’explosion démographique de la population malgache, qui dépassera les 40 millions dans une trentaine d’années, alors que nous ne serons, nous, qu’un million. En résumé : la demande de l’Alliance n’a rien de surprenant, ni un caractère politicien si prononcé qu’elle mérite d’être immédiatement mise au pilori sous le label « partisan ». Ce qui interroge, c’est plutôt le silence de la Région Réunion… qui devrait tout de même comprendre que la coopération régionale, ce n’est pas uniquement aller bat’karé dans les grands hôtels d’Australie et de Maurice. C’est aussi aider à soulager le malheur de nos voisins ; non pour leur faire la charité, mais pour préparer ensemble la réponse aux grands bouleversements du monde qui viennent. Et rompre avec cette absurdité héritée de l’Histoire, d’une triste distance envers ceux qui nous entourent.

 G.G.-L. 


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