Edito

Trop fort Sarkozy

Geoffroy Géraud-Legros / 8 février 2011

On le sait : l’opinion est une déesse exigeante, et les politiques récoltent plus facilement des casseroles que des louanges dans l’exercice de leurs attributions. Mais il faut dire aussi que bon nombre d’entre eux montrent une certaine aptitude à se faire détester par de larges parties de la population.
Il est de tradition que certaines catégories professionnelles servent de punching-ball à la démagogie des gouvernants de droite, et parfois même, de "gauche". La pratique la plus courante en la matière consiste à taper à bras raccourcis sur les enseignants : les petites phrases insultantes d’un Luc Ferry, ou d’un Claude Allègre avant lui, avaient déclenché la légitime colère du plus grand corps de fonctionnaires de France.

Depuis quelques années, lepénisation des esprits français aidant, il est devenu presque tout aussi habituel de s’en prendre de manière plus ou moins explicite aux étrangers, aux Français d’origine immigrée et/ou aux habitants des quartiers pauvres. Un répertoire déroulé par un Nicolas Sarkozy traitant de « racailles » les jeunes d’Argenteuil, parlant des enfants morts de Clichy-sous-Bois comme de délinquants, allant jusqu’à dire sous le nez de chef d’Etats africains en Afrique que les hommes (noirs) de leur continent n’étaient « pas entrés dans l’histoire ».
Jusqu’à présent, cette stratégie de l’injure avait eu pour contrepartie une certaine réserve, voire une bienveillance affirmée, envers d’autres composantes de la société et de l’Etat.Outre les riches, les outrances présidentielles épargnaient jusque-là les policiers et –dans une moindre mesure- les magistrats. Ces derniers ont bien renâclé un peu, face à des réformes liberticides, dénoncées souvent avec courage par la tendance progressiste qui survit au sein du corps judiciaire.

Les policiers avaient bien ronchonné un peu devant l’inflation des « redéploiements » dissimulant autant de coupes dans leurs effectifs et dans leurs moyens. Quelques revalorisations et gratifications consenties par Mme Dati en son temps avaient contenu l’ire des magistrats. A grand coup de pommade et de surenchère verbale, le pouvoir avait réussi à sauvegarder son capital de sympathie dans les rangs de la police.
Brandissant sans discernement les accusations et les menaces de sanctions dans l’affaire Laëtitia, le Chef de l’Etat a réussi à se mettre à dos juges et policiers… et même à faire en sorte que les seconds soutiennent les premiers, ce qui est une première. Conséquence : l’idée de la grève gagne ces fonctionnaires qui n’ont pas le droit de grève… ceux-là même auxquels Nicolas Sarkozy voudrait réserver l’appartenance à la fonction publique. Décidément, Nicolas Sarkozy est trop fort.

G.G.-L.


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