Edito

Un choix pour 50 ans

J.B. / 11 avril 2012

En 1960, la France devient une puissance nucléaire. Parallèlement aux applications militaires, le gouvernement décide de développer la production d’électricité à partir du nucléaire au nom de l’indépendance énergétique. Au moment où cette décision est prise, il existe des mines d’uranium en France. Mais au bout d’un moment, il n’y aura plus d’autosuffisance, et la dernière mine française a fermé en 2001. Depuis lors, 100% de l’énergie produite dans les centrales nucléaires vient de combustibles importés, et plus de 80% de l’électricité vient de ces centrales.

Une part importante de l’uranium provient du Niger. Quand ce pays a retrouvé son indépendance en 1960, la France a maintenu son monopole d’extraction avec un prix avantageux pour l’ancienne puissance coloniale. Des dizaines de milliers de tonnes de la terre du Niger ont donc permis de faire fonctionner à bon marché les TGV, et tout ce qui marche à l’électricité en France. Mais le monde a changé.

C’est paradoxalement Sarkozy, grand défenseur du nucléaire, qui est en train d’accélérer la crise. Il a en effet décidé d’intervenir avec l’OTAN dans la guerre civile en Libye. Une des conséquences de cette décision, c’est la dispersion dans les pays voisins de la Libye de tout un arsenal issu de l’effondrement de l’État libyen. C’est ce conflit qui est à l’origine de la déstabilisation du Mali, avec l’irruption d’anciens combattants de l’armée libyenne lourdement armés de retour au pays.
Le Niger est aussi un voisin de la Libye, et il serait illusoire de penser que la guerre en Libye n’a pas de répercussion sur ce pays. Sarkozy a donc pris une décision qui a pour conséquence de fragiliser encore la situation d’un des principaux fournisseurs des centrales électriques françaises.

Dans les années 1960, quand les dirigeants français avaient fait le choix du nucléaire, ils ne prévoyaient pas le monde à 50 ans tel qu’il est aujourd’hui. Ils n’avaient sans doute pas imaginé que le Niger allait leur échapper de la sorte, tout comme ils n’auraient pas non plus pensé que le développement de pays plus peuplés que l’Europe tels que la Chine ou l’Inde fasse pression sur les cours de l’uranium. Au début des années 1970, un petit pays comme le Danemark a fait un autre choix, celui des énergies renouvelables. Et aujourd’hui, il importe de moins en moins son combustible puisque déjà 25% de son électricité est produite à partir des éoliennes.

Nous sommes aussi à l’heure du choix à La Réunion. Celui d’être maintenu sous la dépendance d’énergies polluantes importées dont nous ne fixons pas le prix, ou celui de l’autonomie énergétique à partir du vent, de la mer, du volcan et du soleil, des ressources abondantes et gratuites. Et ce choix nous engage pour 50 ans.

 J.B. 


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