Edito

Un fonds de soutien aux compagnies pétrolières

Geoffroy Géraud-Legros / 7 avril 2011

La crise politique aiguë qui frappe le Maghreb et le Moyen-Orient n’en finit pas de faire grimper les prix à la pompe. Ces tensions géopolitiques s’ajoutent à l’épuisement des ressources pétrolières qui, inéluctablement, porteront fatalement le prix des hydrocarbures à un niveau toujours plus élevé.
Confrontés à l’explosion des prix, les professionnels du transport recherchent auprès des institutions des moyens de compenser les effets de la hausse, qui font exploser les coûts de leurs activités. À La Réunion, la direction de la Région a répondu en sortant le carnet de chèques. Après avoir immédiatement lancé l’annonce d’une aide exceptionnelle de deux millions, le Conseil régional fait désormais savoir qu’il constituera un « fonds de compensation » permanent, alimenté par les recettes de l’octroi de mer.

Une bonne nouvelle ? Loin de là. Car si personne ne conteste la nécessité d’aider les entreprises et les travailleurs de la route, on conviendra sans peine qu’une aide qu’on finance aux dépens de tout le monde, ça n’a plus grand-chose à voir avec la solidarité.
Or, les recettes de l’octroi de mer servent justement directement à la population : loin de constituer un « matelas d’argent », comme feint de croire Joël Mongin, elles sont perçues par la Région, et presqu’intégralement redistribuées. L’octroi de mer est ainsi l’une des sources les plus importantes de financement pour les communes, vitale pour les plus pauvres d’entre elles.
Taper dans la caisse de l’octroi de mer, c’est prendre dans les finances des communes, c’est-à-dire de l’emploi (le maire est le premier employeur dans notre île), des CCAS, de l’entretien des infrastructures, etc.
Bref, c’est le consommateur-citoyen qui va payer de sa poche une mesure que la Région affiche dans le registre justicier et vantard dont elle a le secret.
Ce n’est pas la première fois que Didier Robert et ses amis nous jouent le tour de l’extorsion déguisée en action sociale. Rappelons, pour mémoire, que les fameux billets de la prétendue « continuité territoriale » coûtent à ceux qui voyagent — et à tous les autres — la bagatelle de 9 millions, alors que selon les textes, c’est l’État qui devrait payer la facture. Ce qui n’arriverait pas si, à l’instar des autres Régions concernées par le dispositif, l’équipe aux commandes « défendait son bout de gras » face à un pouvoir central malheureusement à l’affut de toutes les occasions de se défausser de ses obligations envers les collectivités.

Les pétroliers, eux, peuvent se féliciter : personne ne parle de leurs profits phénoménaux, personne n’envisage d’introduire dans leurs activités une transparence élémentaire, qui permettrait par exemple de comprendre pourquoi les marges qu’ils réalisent sont environ trois fois plus élevées dans notre île que dans l’Hexagone… Le préfet, qui fixe les prix des hydrocarbures à La Réunion, n’est guère plus bavard.
Au final, le monopole des hydrocarbures ressort de ce nouvel épisode pétrolier en se frottant les mains : Didier Robert ayant créé un organisme pérenne destiné à compenser les hausses avec l’argent des Réunionnais, ses membres sont plus sûrs que jamais qu’on ne viendra pas leur demander, à eux, une petite monnaie pour aider le transport de biens et de personnes. De son côté, la Région Réunion peut, enfin, se vanter d’avoir innové : elle est sans doute la première à avoir institué un Fonds de solidarité publique envers les compagnies pétrolières.

G.G.-L.


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