Edito

Un naufrage politique de 31 ans

Témoignages.re / 10 septembre 2012

Un kwassa-kwassa a fait naufrage dans le bras de mer de 75 km séparant Mayotte et Anjouan. Selon les informations qui circulent : Six corps ont été repêchés (cinq femmes et un enfant). On compte au moins 27 disparus. L’embarcation transportait 36 personnes au total. C’est le deuxième naufrage en 2 semaines.

Dans un communiqué provenant du Ministère des Outre-mer, Victorin Lurel fait état de son « émotion ». Il conclut qu’il sera très attentif à la « mission confiée à M. Alain Christnacht sur la problématique de l’immigration clandestine à Mayotte ».
Ce nouveau drame souligne une fois de plus qu’en politique, on ne décide pas innocemment. Les hommes et femmes politiques décident et c’est le peuple qui paie les conséquences. Depuis 1975, Mayotte est sous administration française et le nombre de kwassa-kwassa qui ont fait naufrage est incalculable. On estime à plus de 15.000 le nombre des victimes sur les 15 dernières années durant lesquelles le phénomène a pris de l’ampleur !

Vu de Paris, il est symptomatique d’un certain état d’esprit de considérer la situation sous l’angle de « l’immigration clandestine », à la limite du fait-divers !

En effet, le nombre de morts est l’expression la plus dramatique d’une situation qui se joue sur des centaines de milliers de personnes séparées par un simple bras de mer. Pour la seule année 2011, au-delà des morts, plus de 26.000 personnes ont été reconduites à la frontière française vers Anjouan. On ne connait pas combien de milliers d’individus dorment en prison. Cependant, les chiffres officiels évaluent à 40% le nombre d’Anjouanais qui peuplent Mayotte.

La question est : que sont-ils venus chercher à Mayotte, par dizaine de milliers tous les ans, en payant le prix fort le passage dans des embarcations de fortune, et au risque de leur vie ? Ce ne sont pas des inconscients puisqu’ils sont au courant des départs sans retour. Ce ne sont pas non plus des clandestins puisque l’ampleur du trafic est connue et bien organisée.

Au fond, la France est dépassée par les conséquences de sa propre politique. Les autorités françaises — gauche comme droite — ont cru qu’elles pouvaient sanctuariser une île, elles se sont trompées, car elles méconnaissent totalement la culture et la géographie des peuples qu’elles ont souhaité diviser.

En 1981, l’arrivée de Mitterrand aurait pu apporter une solution innovante et positive pour sortir de la crise qui datait seulement de 1975, à peine 6 années. Mais son gouvernement a suivi les orientations de son prédécesseur. Aujourd’hui, Victorin Lurel, ministre socialiste, originaire d’une ancienne colonie, la Guadeloupe, se dit ému. Pourtant, 31 ans se sont écoulés entre les 2 gouvernements socialistes (1981-2012). Au vu de l’ampleur du phénomène, nous assistons à un naufrage politique de plus de 3 décennies durant lesquelles des hommes et des femmes, dignes, se sont adaptés, tant bien que mal !

 J.B. 


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